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    Tenkeï Homura

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    Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Ven 2 Déc - 15:06

    Réservé pour description

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Ven 2 Déc - 15:11

    Traduction du journal de Tenkeï par Incérion



    27 Mirtul 1372

    Cela faisait plusieurs mois que le lever du soleil ne m’avait pas surprise, assise ainsi, entre les hautes herbes et les fleurs sauvages. Là où je me sentais libre. Là où aujourd’hui je prends un nouveau départ, où je choisi un nouveau chemin que je parcourrai seule cette fois.
    Pourquoi j’écris ces lignes alors que je n’ai jamais vu l’intérêt de consigner mes souvenirs ?
    Pour que je puisse les relire à chaque fois que je serais tentée de nouer des liens avec des êtres pensants. Et je dois dire que j’ai de la chance car je n’ai jamais eu la patience pour les arts littéraires. La chance que ce recueil ne sera pas long, sur ces 19 années de vie, seules les 7 dernières m’appartiennent, et sur ces 7 seules 2 ont valu la peine.

    Chapitre premier, Hokaku.

    C’est l’histoire d’une découverte matinale. Et d’une fin nocturne.

    Habillée d’un simple drap noué à la ceinture avec une corde, la peau sur les os, le corps couvert d’égratignures, les pieds en sang…voilà comment Hokaku m’avait trouvé. Il était parti comme à son habitude à l’aube dans l’espoir de dénicher quelques lapins dans la toundra et au lieu de cela il était revenu avec une fillette, moi. Toute la caravane avait été en ébullition suite à cet heureux événement. Oui heureux car pour une fois il ne revenait pas annonciateur de mauvaises nouvelles comme les traces récentes d’une horde nomade ou les empreintes d’une bête sauvage. Certes c’était une bouche de plus à nourrir mais la fille cadette des Homura était morte suite à la maladie quelques semaines auparavant, ils m’ont prise sous leur aile à l’instant même où il m’a ramenée.

    Tout le monde avait attendu avec impatience le moment de mon réveil en espérant enfin découvrir qui j’étais et où étaient les miens. Et surtout comment une fille qu’ils jugeaient appartenir à leur peuple s’était retrouvée dans mon état à des semaines de marche de la frontière. Mais pour leur plus grande déception j’ai dormi deux longues journées avant de me réveiller sans aucun souvenir de ma vie passée.
    Il parait que je suis restée presque muette les jours suivant mon réveil. Je ne parlais que quand la faim me tenaillait. Du reste, je restais le regard fixé dans le vide, assise à l’arrière de la charrette. Mes sœurs m’ont dit que j’offrais un bien triste spectacle.
    J’affrontais stoïquement chaque jour de voyage et contrairement aux autres enfants de la caravane je ne semblais dérangée ni par le vent ou la chaleur, ni par la pluie ou la poussière. Hokaku avait du mal à concevoir que je n’étais qu’une fillette d’une dizaine d’années.

    A la fin du cinquième jour, et pour la première fois depuis mon réveil je me suis adressée à lui. Directe et sans préambule, le regard déterminé et sans aucune peur ou doute, je lui exigeai de me donner un nom.

    « C’est toi qui m’a trouvée ? »
    « Oui »
    « Donne moi un nom …je ne me souviens de rien »
    « …… »
    « S’il te plait…Hokaku san »

    Il ne put s’empêcher de sourire.

    « Tu ne manques pas d’air petite… »

    C’est vrai qu’il était imposant et moi, aussi fine qu’une brindille, couverte de poussière de la tête au pied. J’étais bien peu de chose comparée à ce puissant guerrier, tellement fragile qu’il aurait pu me briser d’un seul mouvement. Il m’avoua plus tard qu’à ce moment-là mon regard n’était pas celui d’une enfant. Pour lui, il avait reconnu là le regard d’un survivant avec la rage de vivre, d’un véritable guerrier prêt à tout affronter. C’était le regard qu’il avait l’habitude de voir en ces hommes, ses fidèles samouraïs, du temps où il était le seigneur de ses terres. Mais c’était en d’autres lieux et il y a bien longtemps.

    « Bien si tu insistes….tu seras dorénavant Tenkeï »
    « Cela signifie…don du ciel ? »
    « Oui c’est ce que ce mot veut dire dans notre langue, par contre si tu l’acceptes tu devras en être digne aussi longtemps que tu le porteras ».

    Voilà comment je devins quelqu’un et comment j’ai vécu les premiers mois de ma vie. C’était simple à l’époque. Je m’appelais Homura Tenkeï, et j’avais dix ans, peut être onze ou douze. A vrai dire je n’en savais rien. Mon père, Homura Takedo était sellier, ma mère, Homura Miruko récoltait des plantes médicinales le long des routes que nous parcourions. J’avais deux sœurs et aucun frère. Elles étaient toutes les deux mes aînées. Kitana allait bientôt avoir 17 ans et Milena 12 ans. Elles ne faisaient pas grand-chose d’utile, mais je les aimais bien quand même. Je les aimais tous à vrai dire. Même si ce n’était pas mon vrai père ni ma vraie mère ni mes vraies sœurs.
    Depuis que j’avais rejoint la caravane ils s’étaient occupés de moi comme si j’étais une de leur fille. Les autres familles de la caravane ont aussi été très gentilles. Après tout je leur ressemblais beaucoup et je parlais la même langue. Je me disais alors que je devais venir du même endroit qu’eux et donc appartenir à leur peuple. Mais je n’en savais pas plus.

    Ca me plaisait de savoir que j’étais des leurs. Ils sont un peuple fier et grand. Je le voyais souvent au respect qu’ils se réservaient les uns aux autres. Au courage avec lequel ils affrontaient chaque jour de voyage dans ces terres arides et dangereuses. A la volonté qui les poussait à ne pas laisser tomber malgré les attaques des nomades ou des créatures de cette toundra désertique.

    C’est durant ce voyage, qui ne semblait pas avoir de fin, que j’ai décidé de devenir utile. Je suis allée voir Hokaku san. Je voulais qu’il m’apprenne comment desceller les empreintes des bêtes sauvages et les traces laissées par les nomades. Je voulais qu’il m’apprenne à être une bonne chasseuse de lapins et je voulais surtout qu’il me montre comment me servir des armes qu’il portait à sa ceinture.
    Il a d’abord rit. Son rire était toujours sincère et j’adorais l’entendre, cela ne m’a donc pas beaucoup dérangé. Puis il s’est agenouillé devant moi et m’a regardé droit dans les yeux. J’ai été flattée, il s’était agenouillé devant moi alors qu’il ne le faisait jamais devant quiconque. Je savais que c’était juste pour être à ma hauteur. Mais je ne pus m’empêcher de ressentir une immense fierté à l’époque. Puis il me sorti une longue tirade sur la responsabilité que je prendrais si je voulais devenir son élève. Il ne s’agissait pas seulement de ramener quelques lapins ou de guider le groupe à bon port. Il s’agissait de les protéger, de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour leur assurer le meilleur avenir possible. Je devais veiller à leur bien-être, à leur bonheur, à leur dignité, à leurs vies. Je ne saisis pas tout ce que cela impliquait sur le coup. L’excitation de devenir son élève à lui, de suivre ses pas, et d’enfin avoir une place véritable au sein des nôtres pris le dessus sur tout le reste. Si j’avais su…

    Les journées passaient rapidement et je ne quittais plus Hokaku d’une semelle. Je le suivais partout et à toute heure quel que soit le temps. Et j’apprenais tous les jours : reconnaître les traces des animaux, les plantes comestibles ou pas, prévoir le temps, poser des pièges, dépecer les lapins et tanner leur peau, entretenir les arcs et les couteaux. Mais Hokaku me parlait  surtout de notre peuple, de notre histoire, de son histoire et de pourquoi il s’était retrouvé avec une majorité de ses gens sur cette route. J’ai appris qu’il avait été le seigneur d’un clan puissant et qu’il avait préféré se déshonorer que d’entraîner ses sujets vers une mort certaine. Je ne compris pas tout, il était question d’empereurs, d’intrigues et de trahison. Toujours est-il qu’il a tout abandonné et pris la fuite en emmenant tous ses sujets dans l’espoir de les sauver d’un massacre certain. Puis il me reparla des devoirs d’un vrai samouraï, les devoirs d’un seigneur envers ces sujets. Et de son but, celui de leur assurer une vie paisible dans un autre lieu. Combien j’aurais voulu pouvoir marcher dans ses pas.

    C’est ainsi que j’ai vécu les premiers mois de ma courte vie, bercée par des idéaux qui me dépassaient et des rêves que je n‘aurais jamais dû faire miens. Et ce premier épisode de ma vie pris fin aussi rapidement qu’il avait commencé.
    Mes souvenirs sur cette nuit sont très flous aujourd’hui même si, emprisonnée par les bras puissants d’un contremaître thayen, j’ai assisté aux évènements.
    Ses hommes avaient massacré l’intégralité des adultes de la caravane sous le regard impuissant d’Hokaku. Ils avaient ensuite entrepris « l’épuration de la marchandise » avec une efficacité somme toute professionnelle. Si j’utilise ces termes ici c’est que j’ai vécu assez longtemps parmi ces monstres pour connaître par cœur leurs méthodes. Les gamines les plus prometteuses avaient été écartées de suite. Je me trouvais dans cette catégorie comme je le compris après. Puis pour les enfants restant ils avaient été séparés en fratries et forcés de s'entre-tuer. La terreur que je vis alors dans les yeux de mes amis m’empêcha de dormir de longues années durant. Je m’étais promis de ne jamais laisser des enfants subir de telles horreurs.

    Pendant que leur innocence se perdait à jamais, une série de paris commençaient entre les esclavagistes. Il était difficile en effet de savoir quels étaient les grands frères qui se suicideraient pour sauver leur petit frère ou sœur, quels étaient ceux qui se laisseraient tuer par leurs petits frères et lesquels allaient épargner à leur cadet une vie d’esclavage. Après, toute la difficulté consistait à empêcher le survivant de sombrer dans le désespoir et lui retirer toute arme avant qu’il ne se tue.

    Je ne vis jamais la fin de cette scène, mon regard croisa celui d’Hokaku dont le visage était méconnaissable tellement il avait été roué de coups. Lui aussi ils le forçaient à assister au massacre. Emportée par une rage qui brûlait mon cœur et mon âme je tentai de résister et mordit férocement le bras qui me tenait fermement. Un acte complètement futile, je m’en rends bien compte avec le recul, mais même aujourd’hui le désespoir et la souffrance nous mènent à ce genre d’actions inutiles et on finit malgré toute notre volonté par se faire écraser comme le plus insignifiants des insectes. Cette fois-là je sombrai dans l’inconscience après  avoir ressenti une atroce douleur à la tête. Bien après je su qu’ils avaient laissé Hokaku, encore en vie mais mortellement blessé parmi les cadavres des familles qu’il s’était juré de protéger.

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Jeu 6 Juil - 0:19

    Réservé pour chapitre version codée

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Jeu 6 Juil - 0:24

    Chapitre second, L’empire thayen,

    Ce chapitre de ma vie est sans doute le plus long et le plus vide de tous. Quand j’y repense mon esprit se remémore sans exception le même paysage : la vue imprenable que j’avais depuis ma cellule.

    Je passais mon temps à regarder Bezantur, cette ville maudite, centre du pouvoir de l’Empire de Thay…et de laquelle je ne connaissais que les toits. Distraite, je regardais inlassablement l’horizon, au-delà des bâtiments en essayant d’imaginer ce que pouvait être le monde au loin. Et ce jour après jour, puis année après année.

    Je me souviens encore de mon arrivée en ces lieux.
    Après avoir été séparée de mes soeurs cette nuit sanglante où tout notre clan avait été sauvagement massacré par ces chiens de thayens, je fus amené dans cette somptueuse résidence qui serait ma demeure pendant cinq longues années. Une nuée de domestiques s’étaient empressés de m’ôter mes haillons, de me laver puis de m'habiller avec des vêtements propres. Puis on me présenta à mon maître telle une marchandise exotique. Mon propriétaire s’était avéré être un des hommes gouvernant cette citée. Il était assez jeune pour un homme avec un poste si important. Ses cheveux noirs étaient coupés courts, son corps fin était celui d’un érudit. Il portait toujours des habits élégants et sobres mais dont la valeur devait avoisiner celle qu’un riche marchand pouvait gagner en un an de dur labeur. En définitive si Hokaku san avait été encore vivant il l’aurait sûrement comparé à ces oiseaux au magnifique plumage de son empire qu’il appelait calleys. Mais ce jeune calley m’avait jaugée sans que le moindre sentiment ou émotion ne transparaisse sur son visage impassible.

    « Bien, assurez vous qu’elle soit confortablement installée dans une des chambres à l’étage et que ses besoins soient toujours satisfaits »

    Sa voix était claire et assurée, et avec un pincement au cœur elle me rappela la voix d'Hokaku, une voix qui avait l’habitude de donner des ordres, une voix autoritaire… Ce souvenir  me fit rentrer dans une rage noire. Il était hors de question de me laisser dompter ainsi et avec tout le mépris que j’ai pu afficher j'ai voulu lui faire comprendre que mon esprit resterait pour toujours hors de sa portée :

    « Vous pouvez faire de moi ce que vous voulez mais jamais je ne serais votre esclave, jamais je ne vous obéirais et … »

    Une gifle vint mettre fin à ma tirade colérique. J'ai compris vite que je ne restais qu'une fillette face à un homme adulte.

    « Silence ! Emmenez cette esclave dans sa chambre ! »

    Voilà ce qu’avait été ma première rencontre avec Kurl Vranet, l’homme qui était dorénavant mon propriétaire et qui pouvait disposer de ma vie comme bon lui semblerait.

    Les jours qui suivirent mon arrivée je tentai de me laisser mourir de faim. Mais mon nouveau maître mis fin à ma petite rébellion d’un simple geste. Ses paroles résonnent encore dans mes souvenirs :

    « Bien esclave, tu refuses de te nourrir alors que je t’épargne tant de souffrance ? Tu es bien ingrate alors que j’aurais pu décider de te vendre à une de ces maisons de plaisir. »

    Kurl Vranet m’avait alors regardé profondément et malgré toute la répugnance que j'avais pour cet homme je n'ai pu m’empêcher de remarquer sa grande beauté.
    Toujours impassible il avait continué :

    « Sache que pour chaque jour passé sans te nourrir, un esclave mourra.. »

    Puis d’un geste de la main il fit signe à son garde du corps, lequel sans la moindre hésitation trancha net la gorge du malheureux serviteur qui se trouvait dans la pièce. Agenouillé et dans une posture de totale soumission attendant les ordres de son maître il ne compris que trop tard ce qui lui arrivait.

    Je me souviens aussi du dernier jour que j’ai vécu à Bezantur.
    Je regardais comme à mon habitude le coucher du soleil depuis ma fenêtre. Comme tous les soirs, un serviteur était venu placer un plateau avec des morceaux de fruits frais à mes pieds. C’était la routine. Je mangeais distraitement en regardant la ville sombrer dans l’obscurité rafraîchissante de la nuit en me disant que cela faisait bientôt 5 longues années que j’observais le même spectacle, à la même fenêtre, assise sur ces cousins de soie moelleux.

    Toutes ces années je me suis demandée pourquoi je ne me tenais pas au près des autres esclaves, dans les rues, ou dans cette résidence à exécuter en silence les moindres caprices de mon maître. Pourquoi n’étais-je pas habillée en gris comme tous les autres, ou pourquoi m’avait on épargné le destin de devenir un jouet sexuel entre les mains d’hommes et femmes lubriques. Tout cela restait un mystère à mes yeux.

    Je me demandais encore pourquoi j'avais droit à de tels faveurs, à une telle nourriture et pourquoi j'avais été isolée ainsi et ce depuis le début.
    Après tout ce temps cloîtrée ma chambre j’avais changé, mes mains n’étaient plus les mains d’une fillette ni mes genoux ceux habituellement écorchés d’une petite nomade.

    J’étais devenu une femme et j’avais passé ces cinq longues années enfermée dans cette chambre avec pour seule visite celle des domestiques, qui ne m adressaient jamais la parole. Que maigres étaient mes souvenirs à cette époque. Juste quelques mois passés avec le clan de Hokaku sur les routes, puis 5 années passées à faire les cents pas dans cette chambre. Seules les rares visites de mon maître étaient venu troubler cette vie monotone. Kurl Vranet venait de temps à autre puis commençait à discourir sur la politique de sa nation d’esclavagistes, ou sur ses recherches magiques ou d’autres sujets d’érudition. Puis repartait après ses longs monologues sans un seul regard pour moi. Au début je m’étais risquée plusieurs fois à poser des questions sur le sort qu’on me réservait, mais ce calley arrogant n’avait jamais daigné me répondre. Mon espoir s’était dissous petit à petit dans la monotonie et la solitude de chaque jour jusqu’à m’abandonner. J’ai essayé de sauter par la fenêtre plusieurs fois mais je me heurtais invariablement aux protections magiques qui rendaient toute tentative d’évasion impossible. J’appris très vite à cacher mon désespoir. Dès que je montrais des signes de dépression ou suicidaires, l’exécution d’autres jeunes esclaves me faisait rapidement changer de comportement.

    Cette nuit il vint me rendre visite. Sa dernière visite. J’étais allongée sur ma natte de couchage parsemée de cousins douillets en broyant du noir. J’étais tellement absorbée par mes pensées que je ne me rendis compte de la présence de mon maître que quand il me saisi avec force par les poignets et me releva avec fermeté.

    D’une voix de velours il déclara :

    « Voici le jour de ton dix-septième anniversaire jeune femme. Le moment est venu que tu quittes mon hospitalité – il avait marqué une pause pour souligner l’ironie de son commentaire en me regardant avec un petit sourire satisfait - Tu quitteras mon palais sous bonne escorte et tu seras conduite à ton nouveau lieu de résidence. – il s’approcha jusqu'à que mon visage ne soit plus qu’à quelques centimètres du sien et me regarda de ses yeux plein de mystère – je t’ai préparé une magnifique résidence dans les nuages ».

    J’aurais voulu lui poser mille questions mais les mains fermes d’un soldat me saisirent, mes yeux furent bandés et pour finir un bâillon fermement noué m’ôta toute possibilité de m’exprimer.

    « Vous savez ce qui reste à faire, voyagez rapidement et revenez en ayant accompli votre mission ! »

    Mon maître cracha ce dernier ordre d’une voix sèche et cinglante, et ce fut la dernière fois que je l’entendis.

    Le voyage qui s’en suivit après dura plusieurs jours. Une chaîne au cou, les mains liées et mes yeux bandés j’ai senti que l’on avait quitté la ville puis traversé le désert. Ensuite ils m’embarquèrent sur un navire et on navigua sur une étendue d’eau salée pendant quelques jours.

    S’en suivi une marche forcée qui dura plusieurs journées à la fin de laquelle ils retirèrent le bandeau de mes yeux. Après avoir été autant de temps dans l’obscurité m’adapter à la lumière fut un véritable supplice, mais je pus enfin étudier mon environnement. Nous étions sur le flanc d’une montagne et mon escorte de 20 hommes était des plus déroutante. Parmi ces 20 hommes, six étaient des magiciens rouges, les hommes les plus craints de tout l’empire, le reste étaient à première vue des soldats. Mais très vite, en détaillant leur équipement et leurs cicatrices je me rendis compte que ses hommes étaient tous des vétérans.

    Je me souviens avoir commencé à paniquer et un mauvais pressentiment m’envahit, non que je me sois attendue à être libérée. En fait je pensais qu’on allait, au mieux, me vendre dans un autre pays à sait-on quel tyran sans scrupules, au pire me donner au culte d’un dieu sombre en guise de sacrifice. Et c’est à cet instant que je la senti distinctement pour la première fois. Quelque chose s’éveillait en moi. Cette sensation ressemblait à celle que j’avais ressenti lors du massacre de mon clan, cinq années auparavant alors qu’une rage doublée d’un pouvoir effrayant m’avaient submergé. Tout mon être s’était rebellé face à l’injustice que subissait ma famille d’adoption et aujourd’hui je sais qu’une conscience venue du plus profond de mon être m’exhortait de combattre et de me défendre. Sauf que cette nuit-là, mon corps avait dû céder à l’épuisement nerveux suscité par la terreur du spectacle que je vivais et je m’étais finalement évanouie dans les bras du contremaître qui m’avait capturé.

    Mais ce jour où mon destin changea, pour le meilleur et pour le pire, cette sensation m’assaillait de toute part. Je m’en souviens encore avec exactitude.
    Depuis le lever du jour j’avais été traînée par mon escorte toujours plus haut vers la cime de la montagne, et cette désagréable sensation qu’une conscience étrangère s’éveillait en moi interrompait constamment ma concentration, concentration nécessaire qui me permettait de mettre un pied devant l’autre. Cette ascension m’épuisait et consommait les minces réserves de force qui me restaient. Chaque fois que je ralentissais où que je m’effondrais sous un mauvais pas, l’homme qui semblait être le chef de l’expédition tirait d’un coup sec sur ma chaîne me forçant à me relever.
    La nuit commençait à tomber et le chemin sinueux et rocailleux qui serpentait le long du flanc de la montagne avait laissé place à des marches taillées à même la roche. Les hommes qui m’escortaient devenaient de plus en plus nerveux et sur le qui-vive. Leur tension devint tellement évidente qu’un des mages fini par les calmer d’une remarque sèche :

    « Imbéciles si on a traîné l’esclave jusqu’ici c’est parce que aucune de ses créatures s’attaquera à nous tant qu’une vierge innocente nous accompagne ».

    Je n‘eu pas le loisir de me demander de quelles créatures il s’agissait. Je senti soudain mes cheveux se dresser de frayeur, puis paralysée par la terreur j’entendis une voix caverneuse derrière moi :

    « Ah bon ?… voyez vous ça… »

    Je vis les thayens se faire baigner par un souffle d’acide puis leur chair se flétrir et se désintégrer jusqu’à qu’ils deviennent tous un tas de chair et d’os difforme à mes pieds.

    Je me suis alors retournée et j’aperçu, pour ce que je croyais être la première fois, les corps immenses et recouvert d’écailles cuivrées de deux magnifiques créatures : deux jeunes dragons de cuivre me regardaient perplexes. Leurs paroles n’eurent alors aucun sens pour moi.

    « Chère sœur – siffla le plus grand en s’adressant à la créature plus petite et fine qui se tenait à ses cotés- sais tu ce que nous devons faire de cette prétendue vierge innocente ? »

    « Père saura quoi faire de ce cas sans précèdent … avance créature ! »

    Paralysée de terreur, je n’ai pu qu’obéir aux ordres de la dragonne. J’avançai sur le sentier, escortée des deux dragons qui me suivaient en tournoyant dans les airs tout en me demandant en quoi diantre j’étais une « prétendue vierge innocente », aussi loin que mes souvenirs remontaient c’était exactement ce que j’étais.

    J’arrivai enfin devant l’entrée d’un palais immense taillé dans la montagne. Il était clair que c’était le repaire de ses créatures. Le palais avait été construit pour abriter des créatures de leur taille, tout en marbre avec des joyaux incrustés ici ou là décrivant des fresques et signes complexes. C’était à couper le souffle ! J’avançais dans une crainte révérencieuse jusqu'à que j’aperçoive un immense dragon cuivré qui m’attendait au bout de cette immense pièce qui semblait être l’entrée de son palais. Ne sachant trop où regarder je me suis mis à détailler la pièce pour me rendre compte que le mobilier semblait adapté plutôt aux humains qu’aux dragons. C’est là que je pris conscience des serviteurs de toutes races, humains, elfes, gnomes, nains qui s’affairaient de toute part  remplissant leur tâche sereinement ne m’accordant qu’un bref coup d’œil. Puis il parla me faisant sursauter.

    « Je n’aurais jamais cru revoir un jour ma plus vile ennemie, et encore moins au seuil de ma demeure » cracha le grand dracosire de cuivre dans une haine durement contenue.

    Je m’efforçai alors de lui répondre, une lueur d’incompréhension dans mon regard.

    « Noble dragon, je ne comprends pas ce que vous voulez dire, je ne suis qu’une humaine de 17 ans dont les 5 dernières années vécues en tant qu’esclave dans l’empire thayen. Je doute beaucoup que je puisse être votre ennemie »

    « Silence ! » rugit le dragon de sa voix caverneuse faisant sursauter même le groupe de personnes qui se tenait à ses côtés. C’étaient tous des aventuriers et ils regardaient attentivement la scène.
    « Je vois que celui que nous avons envoyé pour t’éliminer à vraisemblablement juger bon de t’épargner car je ne peux croire qu’il ait été vaincu » ajouta le grand dragon me laissant de plus en plus dans la confusion la plus total. Puis d’un bond il fut sur moi, je n’oublierais jamais à quel point je me suis senti insignifiante face à son immense mâchoire. A à peine un mètre de moi je pouvais distinguer mon reflet sur l’email de ses crocs.

    Je me demandais vraiment ce que j’avais pu faire pour me retrouver dans un tel pétrin, cela avait-il un rapport avec mon passé ? Et si c’était le cas peut être que je ne méritais pas de vivre. Du moins, à cet instant le fait de vivre ou mourir m’importait peu. J’ai voulu lui répondre avec assurance mais ce fut finalement d’une voix tremblante que je le fis : « Je ne sais pas ce que vous voyez en moi, et si vous ne me croyez pas, alors laisser libre cours à votre haine et tuez-moi…après tout je n’ai nul famille qui m’attend et nul rêve qui me donne la force de vivre ».

    Puis les évènements prirent une tournure différente.

    « Père, cette fille dit la vérité et pourtant je ressens également sa nature profonde et reconnaît cette aura maudite entre toutes » lança le jeune dragon de cuivre avec tristesse.

    Le grand dragon m’examina alors plus attentivement de ses yeux reptiliens puis déclara d’une voix neutre :

    « Tu sembles en effet être une simple humaine ayant la malchance d’avoir une abomination scellée en toi. Je me demande s’il ne serait pas plus sage de t’éliminer maintenant et s’assurer ainsi que celle qui a tué mon père, mon épouse et mon fils aîné ne soit plus que poussière ».

    Cette révélation me fit l’effet d’une douche glacée. J’ai cru que mon cœur s’était arrêté de battre alors que mon esprit appréhendait ces paroles. Son regard reptilien s’était voilé d’une profonde tristesse à la mention des êtres chers qu’il avait perdu. Cette chose qui était en moi avait fait ça ? Avait infligé à cet être devant moi autant de souffrance ? Je senti alors un profond dégoût, une sensation qui ne serait que la première d’une longue liste. J’aurais dû insister, mais ce jour-là je me contentai de lui demander une seule fois : « si ce que vous dites est vrai alors n’hésitez pas, une telle abomination ne mérite pas de clémence et moi je  n’ai plus qu’une envie c’est de rejoindre les miens dans les royaumes des dieux ».

    J’aurais vraiment dû insister mais le dragon redressa sa tête, puis me fixa un long moment. Il sondait mon âme et il vit à cet instant, comme il me le confia plus tard lors d’un de nos nombreuses têtes à tête au sujet de ma nature, une simple mortelle avec un fardeau trop lourd pour ses épaules. Il me dit qu’il n’avait pu me juger autrement qu’avec compassion, pour lui j’étais cette humaine qui brûlait de l’envie de changer les injustices qu’elle avait vu pendant son esclavage et non cette abomination légendaire qui avait ruiné sa vie. Mon cœur lui apparut empli de bonté et compassion. Il se dit qu’il ne vaudrait pas mieux que son ennemi s’il m’ôtait la vie, même si le pire fléau de la région était scellé en moi. C’est à ce moment qu’il décida, même si ça allait être risqué, de me donner la chance de dompter ma nature. Après tout, si l’assassin qu’il avait envoyé sur la piste de son ennemie avait jugé bon de la sceller au lieu de la détruire c’est qu’il devait avoir aperçu une chance de rédemption aussi mince soit elle. Je me demande encore comment une créature aussi sage a pu penser qu’il en sortirait quelque chose de bon d’une telle histoire. Dans tous les cas je venais de rencontrer une des quelques personnes qui allaient contribuer à faire de moi ce que je suis devenue.

    « Quel est ton nom jeune fille ? »

    « Tenkei »

    « Je me nomme Phylauxerimos et je suis le protecteur de la ville de Milvarune qui est à quelques lieues d’ici. Ces personnes à mes côtés sont de courageux aventuriers qui ont accepté de s’unir à ma cause. Tu te joindras à eux. »

    « Non, j’insiste vous devriez venger les vôtres je … »

    « Ce n’est pas négociable jeune fille, je vous propose un foyer et d’œuvrer dans le but d’améliorer la vie de ceux que je protège. Je décide de vous faire confiance et n’ayez crainte, si un jour je venais à ressentir que cette abomination en vous se réveille réellement, j’interviendrais »

    Phylauxerimos se releva de tout son corps puis se concentra et, l’instant d’après, un homme d’âge mur aux longs cheveux de cuivre habillé simplement se tenait à sa place. Il avait une mine amusée en voyant les nouvelles recrues pour sa guilde les bouches ouvertes d’étonnement. Et j’avoue que ça me parut merveilleux sur le coup. C’était toujours amusant de voir à quel point les races humanoïdes pouvaient être surprises de voir un dragon adopter forme humaine. Et combien elles peuvent en pâtir par la suite.

    Toujours est-il que c’est à cet instant que la guilde du Bouclier de Cuivre naquit, ma seconde famille que j’espérais pouvoir mieux protéger que la première.

    « Bien mes amis, cette région comme vous le savez a beaucoup souffert de la folie de vos semblables. Les raids des esclavagistes thayens, ou encore les pillages perpétrés par les nomades tuiganes ou les tentatives d’invasion de l'Empire Mulhorandien on fait de nombreuses victimes et ce depuis trop longtemps. Bien que nous les dragons, n’aimons pas intervenir dans les affaires des hommes, j’ai pris la décision d’aller contre cette tradition. Cette guilde que je propose de fonder aujourd’hui avec vous aura pour but d’œuvrer pour établir à long terme un équilibre et j’espère un jour une paix durable. Il est évident que vous n’aurez aucun pouvoir de gouvernement mais je compte sur vous pour influencer  petit à petit les vôtres. L’enjeu est simple, pour que cette ville et la région environnante puisse affronter les pouvoirs grandissant de cultes maléfiques comme celui de Talonna ou celui de la Mère des dragons Tiamat, il est essentiel que vous soyez unis. Maintenant ceux qui souhaitent rejoindre cette guilde qu’ils fassent un pas en avant et se présentent ».

    L’instant d’après je découvrais les membres de cette futur famille, je vis un à un les aventuriers faire un pas en avant et se présenter.

    Tout d’abord un nain, une grande hache attachée a son dos et les restes de son dernier repas encore sur sa barbe.
    « Je suis Bullweis Poing d’Acier, et mes compétences de guerrier sont à vous noble Phylauxerimos »

    Puis un paladin grisonnant.
    «  Humbert, paladin de Heaum à votre service »

    Une humaine à la chevelure rousse et  habillée comme un marin s’avança :
    « Capitaine Goween, votre entreprise m’intéresse et je mets à votre service mes armes et ma caravelle »

    Puis un jeune halfelin armé d’une grande lance ajouta avec energie et enthousiasme :
    « Je me nomme Tybord et je prie Tempus d’avoir la force de défendre votre cause ».

    Ensuite un jeune mage, timide et frêle bredouilla d’une petite voix mal assurée :
    « Melchis à votre service, je serais enchanté de pratiquer les arcanes en construisant à vos côtés un monde de paix ».


    Puis une créature saisissante et sombre s’avança :
    « Je sais que vous vous demandez tous d’où je viens, je me nomme Morrigane et ma mère était une succube des abysses. Mais n’ayez crainte, mon compagnon d’armes et moi même avons décidez d’embrasser la cause qui est votre »

    A ces mots tous les hommes de l’assemblé furent subjugués par la beauté envoûtante et sombre de Morrigane, elle était terriblement belle et même moi dont mes appétits sexuels ne se tournent pas vers les membres de mon propre sexe ait été secouée par sa présence.

    Un sombre chevalier se plaça à ses côtés.
    « Je me nomme  Lucius Vorenus ».

    Ce fut le tour à une très jeune femme aux origines tuiganes de s’avancer, elle était en armure de cuir et tenait un arc en bandoulière.

    « Eiji…je serez des vôtres » dit elle d’une petite voix timide

    Ensuite ce fut le tour d’un mage se présentant comme Nethentyr, puis vint le tour d’une jeune femme en harnois de plaques complet et se présentant comme Midnight prêtresse de Tempus. Puis une jeune rokugani habillé de cuir sombre, elle se nommait Ayame et pour finir un gobelours haut de deux mètres qui se présenta comme Gnarsh.

    Mon tour arriva et courroucée par ce que je venais d’apprendre sur ma nature je fus brève et un peu sèche envers ma future famille :
    « Je crois que vous avez tous compris qui je suis…et que je n’ai pas d’autre choix que d’être des vôtres ».

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    Re: Tenkeï Homura

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