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    Tenkeï Homura

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    Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Ven 2 Déc - 15:06

    Réservé pour description

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Ven 2 Déc - 15:11

    Traduction du journal de Tenkeï par Incérion



    27 Mirtul 1372

    Cela faisait plusieurs mois que le lever du soleil ne m’avait pas surprise, assise ainsi, entre les hautes herbes et les fleurs sauvages. Là où je me sentais libre. Là où aujourd’hui je prends un nouveau départ, où je choisi un nouveau chemin que je parcourrai seule cette fois.
    Pourquoi j’écris ces lignes alors que je n’ai jamais vu l’intérêt de consigner mes souvenirs ?
    Pour que je puisse les relire à chaque fois que je serais tentée de nouer des liens avec des êtres pensants. Et je dois dire que j’ai de la chance car je n’ai jamais eu la patience pour les arts littéraires. La chance que ce recueil ne sera pas long, sur ces 19 années de vie, seules les 7 dernières m’appartiennent, et sur ces 7 seules 2 ont valu la peine.

    Chapitre premier, Hokaku.

    C’est l’histoire d’une découverte matinale. Et d’une fin nocturne.

    Habillée d’un simple drap noué à la ceinture avec une corde, la peau sur les os, le corps couvert d’égratignures, les pieds en sang…voilà comment Hokaku m’avait trouvé. Il était parti comme à son habitude à l’aube dans l’espoir de dénicher quelques lapins dans la toundra et au lieu de cela il était revenu avec une fillette, moi. Toute la caravane avait été en ébullition suite à cet heureux événement. Oui heureux car pour une fois il ne revenait pas annonciateur de mauvaises nouvelles comme les traces récentes d’une horde nomade ou les empreintes d’une bête sauvage. Certes c’était une bouche de plus à nourrir mais la fille cadette des Homura était morte suite à la maladie quelques semaines auparavant, ils m’ont prise sous leur aile à l’instant même où il m’a ramenée.

    Tout le monde avait attendu avec impatience le moment de mon réveil en espérant enfin découvrir qui j’étais et où étaient les miens. Et surtout comment une fille qu’ils jugeaient appartenir à leur peuple s’était retrouvée dans mon état à des semaines de marche de la frontière. Mais pour leur plus grande déception j’ai dormi deux longues journées avant de me réveiller sans aucun souvenir de ma vie passée.
    Il parait que je suis restée presque muette les jours suivant mon réveil. Je ne parlais que quand la faim me tenaillait. Du reste, je restais le regard fixé dans le vide, assise à l’arrière de la charrette. Mes sœurs m’ont dit que j’offrais un bien triste spectacle.
    J’affrontais stoïquement chaque jour de voyage et contrairement aux autres enfants de la caravane je ne semblais dérangée ni par le vent ou la chaleur, ni par la pluie ou la poussière. Hokaku avait du mal à concevoir que je n’étais qu’une fillette d’une dizaine d’années.

    A la fin du cinquième jour, et pour la première fois depuis mon réveil je me suis adressée à lui. Directe et sans préambule, le regard déterminé et sans aucune peur ou doute, je lui exigeai de me donner un nom.

    « C’est toi qui m’a trouvée ? »
    « Oui »
    « Donne moi un nom …je ne me souviens de rien »
    « …… »
    « S’il te plait…Hokaku san »

    Il ne put s’empêcher de sourire.

    « Tu ne manques pas d’air petite… »

    C’est vrai qu’il était imposant et moi, aussi fine qu’une brindille, couverte de poussière de la tête au pied. J’étais bien peu de chose comparée à ce puissant guerrier, tellement fragile qu’il aurait pu me briser d’un seul mouvement. Il m’avoua plus tard qu’à ce moment-là mon regard n’était pas celui d’une enfant. Pour lui, il avait reconnu là le regard d’un survivant avec la rage de vivre, d’un véritable guerrier prêt à tout affronter. C’était le regard qu’il avait l’habitude de voir en ces hommes, ses fidèles samouraïs, du temps où il était le seigneur de ses terres. Mais c’était en d’autres lieux et il y a bien longtemps.

    « Bien si tu insistes….tu seras dorénavant Tenkeï »
    « Cela signifie…don du ciel ? »
    « Oui c’est ce que ce mot veut dire dans notre langue, par contre si tu l’acceptes tu devras en être digne aussi longtemps que tu le porteras ».

    Voilà comment je devins quelqu’un et comment j’ai vécu les premiers mois de ma vie. C’était simple à l’époque. Je m’appelais Homura Tenkeï, et j’avais dix ans, peut être onze ou douze. A vrai dire je n’en savais rien. Mon père, Homura Takedo était sellier, ma mère, Homura Miruko récoltait des plantes médicinales le long des routes que nous parcourions. J’avais deux sœurs et aucun frère. Elles étaient toutes les deux mes aînées. Kitana allait bientôt avoir 17 ans et Milena 12 ans. Elles ne faisaient pas grand-chose d’utile, mais je les aimais bien quand même. Je les aimais tous à vrai dire. Même si ce n’était pas mon vrai père ni ma vraie mère ni mes vraies sœurs.
    Depuis que j’avais rejoint la caravane ils s’étaient occupés de moi comme si j’étais une de leur fille. Les autres familles de la caravane ont aussi été très gentilles. Après tout je leur ressemblais beaucoup et je parlais la même langue. Je me disais alors que je devais venir du même endroit qu’eux et donc appartenir à leur peuple. Mais je n’en savais pas plus.

    Ca me plaisait de savoir que j’étais des leurs. Ils sont un peuple fier et grand. Je le voyais souvent au respect qu’ils se réservaient les uns aux autres. Au courage avec lequel ils affrontaient chaque jour de voyage dans ces terres arides et dangereuses. A la volonté qui les poussait à ne pas laisser tomber malgré les attaques des nomades ou des créatures de cette toundra désertique.

    C’est durant ce voyage, qui ne semblait pas avoir de fin, que j’ai décidé de devenir utile. Je suis allée voir Hokaku san. Je voulais qu’il m’apprenne comment desceller les empreintes des bêtes sauvages et les traces laissées par les nomades. Je voulais qu’il m’apprenne à être une bonne chasseuse de lapins et je voulais surtout qu’il me montre comment me servir des armes qu’il portait à sa ceinture.
    Il a d’abord rit. Son rire était toujours sincère et j’adorais l’entendre, cela ne m’a donc pas beaucoup dérangé. Puis il s’est agenouillé devant moi et m’a regardé droit dans les yeux. J’ai été flattée, il s’était agenouillé devant moi alors qu’il ne le faisait jamais devant quiconque. Je savais que c’était juste pour être à ma hauteur. Mais je ne pus m’empêcher de ressentir une immense fierté à l’époque. Puis il me sorti une longue tirade sur la responsabilité que je prendrais si je voulais devenir son élève. Il ne s’agissait pas seulement de ramener quelques lapins ou de guider le groupe à bon port. Il s’agissait de les protéger, de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour leur assurer le meilleur avenir possible. Je devais veiller à leur bien-être, à leur bonheur, à leur dignité, à leurs vies. Je ne saisis pas tout ce que cela impliquait sur le coup. L’excitation de devenir son élève à lui, de suivre ses pas, et d’enfin avoir une place véritable au sein des nôtres pris le dessus sur tout le reste. Si j’avais su…

    Les journées passaient rapidement et je ne quittais plus Hokaku d’une semelle. Je le suivais partout et à toute heure quel que soit le temps. Et j’apprenais tous les jours : reconnaître les traces des animaux, les plantes comestibles ou pas, prévoir le temps, poser des pièges, dépecer les lapins et tanner leur peau, entretenir les arcs et les couteaux. Mais Hokaku me parlait  surtout de notre peuple, de notre histoire, de son histoire et de pourquoi il s’était retrouvé avec une majorité de ses gens sur cette route. J’ai appris qu’il avait été le seigneur d’un clan puissant et qu’il avait préféré se déshonorer que d’entraîner ses sujets vers une mort certaine. Je ne compris pas tout, il était question d’empereurs, d’intrigues et de trahison. Toujours est-il qu’il a tout abandonné et pris la fuite en emmenant tous ses sujets dans l’espoir de les sauver d’un massacre certain. Puis il me reparla des devoirs d’un vrai samouraï, les devoirs d’un seigneur envers ces sujets. Et de son but, celui de leur assurer une vie paisible dans un autre lieu. Combien j’aurais voulu pouvoir marcher dans ses pas.

    C’est ainsi que j’ai vécu les premiers mois de ma courte vie, bercée par des idéaux qui me dépassaient et des rêves que je n‘aurais jamais dû faire miens. Et ce premier épisode de ma vie pris fin aussi rapidement qu’il avait commencé.
    Mes souvenirs sur cette nuit sont très flous aujourd’hui même si, emprisonnée par les bras puissants d’un contremaître thayen, j’ai assisté aux évènements.
    Ses hommes avaient massacré l’intégralité des adultes de la caravane sous le regard impuissant d’Hokaku. Ils avaient ensuite entrepris « l’épuration de la marchandise » avec une efficacité somme toute professionnelle. Si j’utilise ces termes ici c’est que j’ai vécu assez longtemps parmi ces monstres pour connaître par cœur leurs méthodes. Les gamines les plus prometteuses avaient été écartées de suite. Je me trouvais dans cette catégorie comme je le compris après. Puis pour les enfants restant ils avaient été séparés en fratries et forcés de s'entre-tuer. La terreur que je vis alors dans les yeux de mes amis m’empêcha de dormir de longues années durant. Je m’étais promis de ne jamais laisser des enfants subir de telles horreurs.

    Pendant que leur innocence se perdait à jamais, une série de paris commençaient entre les esclavagistes. Il était difficile en effet de savoir quels étaient les grands frères qui se suicideraient pour sauver leur petit frère ou sœur, quels étaient ceux qui se laisseraient tuer par leurs petits frères et lesquels allaient épargner à leur cadet une vie d’esclavage. Après, toute la difficulté consistait à empêcher le survivant de sombrer dans le désespoir et lui retirer toute arme avant qu’il ne se tue.

    Je ne vis jamais la fin de cette scène, mon regard croisa celui d’Hokaku dont le visage était méconnaissable tellement il avait été roué de coups. Lui aussi ils le forçaient à assister au massacre. Emportée par une rage qui brûlait mon cœur et mon âme je tentai de résister et mordit férocement le bras qui me tenait fermement. Un acte complètement futile, je m’en rends bien compte avec le recul, mais même aujourd’hui le désespoir et la souffrance nous mènent à ce genre d’actions inutiles et on finit malgré toute notre volonté par se faire écraser comme le plus insignifiants des insectes. Cette fois-là je sombrai dans l’inconscience après  avoir ressenti une atroce douleur à la tête. Bien après je su qu’ils avaient laissé Hokaku, encore en vie mais mortellement blessé parmi les cadavres des familles qu’il s’était juré de protéger.

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Jeu 6 Juil - 0:19

    Réservé pour chapitre version codée

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Jeu 6 Juil - 0:24

    Chapitre second, L’empire thayen,

    Ce chapitre de ma vie est sans doute le plus long et le plus vide de tous. Quand j’y repense mon esprit se remémore sans exception le même paysage : la vue imprenable que j’avais depuis ma cellule.

    Je passais mon temps à regarder Bezantur, cette ville maudite, centre du pouvoir de l’Empire de Thay…et de laquelle je ne connaissais que les toits. Distraite, je regardais inlassablement l’horizon, au-delà des bâtiments en essayant d’imaginer ce que pouvait être le monde au loin. Et ce jour après jour, puis année après année.

    Je me souviens encore de mon arrivée en ces lieux.
    Après avoir été séparée de mes soeurs cette nuit sanglante où tout notre clan avait été sauvagement massacré par ces chiens de thayens, je fus amené dans cette somptueuse résidence qui serait ma demeure pendant cinq longues années. Une nuée de domestiques s’étaient empressés de m’ôter mes haillons, de me laver puis de m'habiller avec des vêtements propres. Puis on me présenta à mon maître telle une marchandise exotique. Mon propriétaire s’était avéré être un des hommes gouvernant cette citée. Il était assez jeune pour un homme avec un poste si important. Ses cheveux noirs étaient coupés courts, son corps fin était celui d’un érudit. Il portait toujours des habits élégants et sobres mais dont la valeur devait avoisiner celle qu’un riche marchand pouvait gagner en un an de dur labeur. En définitive si Hokaku san avait été encore vivant il l’aurait sûrement comparé à ces oiseaux au magnifique plumage de son empire qu’il appelait calleys. Mais ce jeune calley m’avait jaugée sans que le moindre sentiment ou émotion ne transparaisse sur son visage impassible.

    « Bien, assurez vous qu’elle soit confortablement installée dans une des chambres à l’étage et que ses besoins soient toujours satisfaits »

    Sa voix était claire et assurée, et avec un pincement au cœur elle me rappela la voix d'Hokaku, une voix qui avait l’habitude de donner des ordres, une voix autoritaire… Ce souvenir  me fit rentrer dans une rage noire. Il était hors de question de me laisser dompter ainsi et avec tout le mépris que j’ai pu afficher j'ai voulu lui faire comprendre que mon esprit resterait pour toujours hors de sa portée :

    « Vous pouvez faire de moi ce que vous voulez mais jamais je ne serais votre esclave, jamais je ne vous obéirais et … »

    Une gifle vint mettre fin à ma tirade colérique. J'ai compris vite que je ne restais qu'une fillette face à un homme adulte.

    « Silence ! Emmenez cette esclave dans sa chambre ! »

    Voilà ce qu’avait été ma première rencontre avec Kurl Vranet, l’homme qui était dorénavant mon propriétaire et qui pouvait disposer de ma vie comme bon lui semblerait.

    Les jours qui suivirent mon arrivée je tentai de me laisser mourir de faim. Mais mon nouveau maître mis fin à ma petite rébellion d’un simple geste. Ses paroles résonnent encore dans mes souvenirs :

    « Bien esclave, tu refuses de te nourrir alors que je t’épargne tant de souffrance ? Tu es bien ingrate alors que j’aurais pu décider de te vendre à une de ces maisons de plaisir. »

    Kurl Vranet m’avait alors regardé profondément et malgré toute la répugnance que j'avais pour cet homme je n'ai pu m’empêcher de remarquer sa grande beauté.
    Toujours impassible il avait continué :

    « Sache que pour chaque jour passé sans te nourrir, un esclave mourra.. »

    Puis d’un geste de la main il fit signe à son garde du corps, lequel sans la moindre hésitation trancha net la gorge du malheureux serviteur qui se trouvait dans la pièce. Agenouillé et dans une posture de totale soumission attendant les ordres de son maître il ne compris que trop tard ce qui lui arrivait.

    Je me souviens aussi du dernier jour que j’ai vécu à Bezantur.
    Je regardais comme à mon habitude le coucher du soleil depuis ma fenêtre. Comme tous les soirs, un serviteur était venu placer un plateau avec des morceaux de fruits frais à mes pieds. C’était la routine. Je mangeais distraitement en regardant la ville sombrer dans l’obscurité rafraîchissante de la nuit en me disant que cela faisait bientôt 5 longues années que j’observais le même spectacle, à la même fenêtre, assise sur ces cousins de soie moelleux.

    Toutes ces années je me suis demandée pourquoi je ne me tenais pas au près des autres esclaves, dans les rues, ou dans cette résidence à exécuter en silence les moindres caprices de mon maître. Pourquoi n’étais-je pas habillée en gris comme tous les autres, ou pourquoi m’avait on épargné le destin de devenir un jouet sexuel entre les mains d’hommes et femmes lubriques. Tout cela restait un mystère à mes yeux.

    Je me demandais encore pourquoi j'avais droit à de tels faveurs, à une telle nourriture et pourquoi j'avais été isolée ainsi et ce depuis le début.
    Après tout ce temps cloîtrée ma chambre j’avais changé, mes mains n’étaient plus les mains d’une fillette ni mes genoux ceux habituellement écorchés d’une petite nomade.

    J’étais devenu une femme et j’avais passé ces cinq longues années enfermée dans cette chambre avec pour seule visite celle des domestiques, qui ne m adressaient jamais la parole. Que maigres étaient mes souvenirs à cette époque. Juste quelques mois passés avec le clan de Hokaku sur les routes, puis 5 années passées à faire les cents pas dans cette chambre. Seules les rares visites de mon maître étaient venu troubler cette vie monotone. Kurl Vranet venait de temps à autre puis commençait à discourir sur la politique de sa nation d’esclavagistes, ou sur ses recherches magiques ou d’autres sujets d’érudition. Puis repartait après ses longs monologues sans un seul regard pour moi. Au début je m’étais risquée plusieurs fois à poser des questions sur le sort qu’on me réservait, mais ce calley arrogant n’avait jamais daigné me répondre. Mon espoir s’était dissous petit à petit dans la monotonie et la solitude de chaque jour jusqu’à m’abandonner. J’ai essayé de sauter par la fenêtre plusieurs fois mais je me heurtais invariablement aux protections magiques qui rendaient toute tentative d’évasion impossible. J’appris très vite à cacher mon désespoir. Dès que je montrais des signes de dépression ou suicidaires, l’exécution d’autres jeunes esclaves me faisait rapidement changer de comportement.

    Cette nuit il vint me rendre visite. Sa dernière visite. J’étais allongée sur ma natte de couchage parsemée de cousins douillets en broyant du noir. J’étais tellement absorbée par mes pensées que je ne me rendis compte de la présence de mon maître que quand il me saisi avec force par les poignets et me releva avec fermeté.

    D’une voix de velours il déclara :

    « Voici le jour de ton dix-septième anniversaire jeune femme. Le moment est venu que tu quittes mon hospitalité – il avait marqué une pause pour souligner l’ironie de son commentaire en me regardant avec un petit sourire satisfait - Tu quitteras mon palais sous bonne escorte et tu seras conduite à ton nouveau lieu de résidence. – il s’approcha jusqu'à que mon visage ne soit plus qu’à quelques centimètres du sien et me regarda de ses yeux plein de mystère – je t’ai préparé une magnifique résidence dans les nuages ».

    J’aurais voulu lui poser mille questions mais les mains fermes d’un soldat me saisirent, mes yeux furent bandés et pour finir un bâillon fermement noué m’ôta toute possibilité de m’exprimer.

    « Vous savez ce qui reste à faire, voyagez rapidement et revenez en ayant accompli votre mission ! »

    Mon maître cracha ce dernier ordre d’une voix sèche et cinglante, et ce fut la dernière fois que je l’entendis.

    Le voyage qui s’en suivit après dura plusieurs jours. Une chaîne au cou, les mains liées et mes yeux bandés j’ai senti que l’on avait quitté la ville puis traversé le désert. Ensuite ils m’embarquèrent sur un navire et on navigua sur une étendue d’eau salée pendant quelques jours.

    S’en suivi une marche forcée qui dura plusieurs journées à la fin de laquelle ils retirèrent le bandeau de mes yeux. Après avoir été autant de temps dans l’obscurité m’adapter à la lumière fut un véritable supplice, mais je pus enfin étudier mon environnement. Nous étions sur le flanc d’une montagne et mon escorte de 20 hommes était des plus déroutante. Parmi ces 20 hommes, six étaient des magiciens rouges, les hommes les plus craints de tout l’empire, le reste étaient à première vue des soldats. Mais très vite, en détaillant leur équipement et leurs cicatrices je me rendis compte que ses hommes étaient tous des vétérans.

    Je me souviens avoir commencé à paniquer et un mauvais pressentiment m’envahit, non que je me sois attendue à être libérée. En fait je pensais qu’on allait, au mieux, me vendre dans un autre pays à sait-on quel tyran sans scrupules, au pire me donner au culte d’un dieu sombre en guise de sacrifice. Et c’est à cet instant que je la senti distinctement pour la première fois. Quelque chose s’éveillait en moi. Cette sensation ressemblait à celle que j’avais ressenti lors du massacre de mon clan, cinq années auparavant alors qu’une rage doublée d’un pouvoir effrayant m’avaient submergé. Tout mon être s’était rebellé face à l’injustice que subissait ma famille d’adoption et aujourd’hui je sais qu’une conscience venue du plus profond de mon être m’exhortait de combattre et de me défendre. Sauf que cette nuit-là, mon corps avait dû céder à l’épuisement nerveux suscité par la terreur du spectacle que je vivais et je m’étais finalement évanouie dans les bras du contremaître qui m’avait capturé.

    Mais ce jour où mon destin changea, pour le meilleur et pour le pire, cette sensation m’assaillait de toute part. Je m’en souviens encore avec exactitude.
    Depuis le lever du jour j’avais été traînée par mon escorte toujours plus haut vers la cime de la montagne, et cette désagréable sensation qu’une conscience étrangère s’éveillait en moi interrompait constamment ma concentration, concentration nécessaire qui me permettait de mettre un pied devant l’autre. Cette ascension m’épuisait et consommait les minces réserves de force qui me restaient. Chaque fois que je ralentissais où que je m’effondrais sous un mauvais pas, l’homme qui semblait être le chef de l’expédition tirait d’un coup sec sur ma chaîne me forçant à me relever.
    La nuit commençait à tomber et le chemin sinueux et rocailleux qui serpentait le long du flanc de la montagne avait laissé place à des marches taillées à même la roche. Les hommes qui m’escortaient devenaient de plus en plus nerveux et sur le qui-vive. Leur tension devint tellement évidente qu’un des mages fini par les calmer d’une remarque sèche :

    « Imbéciles si on a traîné l’esclave jusqu’ici c’est parce que aucune de ses créatures s’attaquera à nous tant qu’une vierge innocente nous accompagne ».

    Je n‘eu pas le loisir de me demander de quelles créatures il s’agissait. Je senti soudain mes cheveux se dresser de frayeur, puis paralysée par la terreur j’entendis une voix caverneuse derrière moi :

    « Ah bon ?… voyez vous ça… »

    Je vis les thayens se faire baigner par un souffle d’acide puis leur chair se flétrir et se désintégrer jusqu’à qu’ils deviennent tous un tas de chair et d’os difforme à mes pieds.

    Je me suis alors retournée et j’aperçu, pour ce que je croyais être la première fois, les corps immenses et recouvert d’écailles cuivrées de deux magnifiques créatures : deux jeunes dragons de cuivre me regardaient perplexes. Leurs paroles n’eurent alors aucun sens pour moi.

    « Chère sœur – siffla le plus grand en s’adressant à la créature plus petite et fine qui se tenait à ses cotés- sais tu ce que nous devons faire de cette prétendue vierge innocente ? »

    « Père saura quoi faire de ce cas sans précèdent … avance créature ! »

    Paralysée de terreur, je n’ai pu qu’obéir aux ordres de la dragonne. J’avançai sur le sentier, escortée des deux dragons qui me suivaient en tournoyant dans les airs tout en me demandant en quoi diantre j’étais une « prétendue vierge innocente », aussi loin que mes souvenirs remontaient c’était exactement ce que j’étais.

    J’arrivai enfin devant l’entrée d’un palais immense taillé dans la montagne. Il était clair que c’était le repaire de ses créatures. Le palais avait été construit pour abriter des créatures de leur taille, tout en marbre avec des joyaux incrustés ici ou là décrivant des fresques et signes complexes. C’était à couper le souffle ! J’avançais dans une crainte révérencieuse jusqu'à que j’aperçoive un immense dragon cuivré qui m’attendait au bout de cette immense pièce qui semblait être l’entrée de son palais. Ne sachant trop où regarder je me suis mis à détailler la pièce pour me rendre compte que le mobilier semblait adapté plutôt aux humains qu’aux dragons. C’est là que je pris conscience des serviteurs de toutes races, humains, elfes, gnomes, nains qui s’affairaient de toute part  remplissant leur tâche sereinement ne m’accordant qu’un bref coup d’œil. Puis il parla me faisant sursauter.

    « Je n’aurais jamais cru revoir un jour ma plus vile ennemie, et encore moins au seuil de ma demeure » cracha le grand dracosire de cuivre dans une haine durement contenue.

    Je m’efforçai alors de lui répondre, une lueur d’incompréhension dans mon regard.

    « Noble dragon, je ne comprends pas ce que vous voulez dire, je ne suis qu’une humaine de 17 ans dont les 5 dernières années vécues en tant qu’esclave dans l’empire thayen. Je doute beaucoup que je puisse être votre ennemie »

    « Silence ! » rugit le dragon de sa voix caverneuse faisant sursauter même le groupe de personnes qui se tenait à ses côtés. C’étaient tous des aventuriers et ils regardaient attentivement la scène.
    « Je vois que celui que nous avons envoyé pour t’éliminer à vraisemblablement juger bon de t’épargner car je ne peux croire qu’il ait été vaincu » ajouta le grand dragon me laissant de plus en plus dans la confusion la plus total. Puis d’un bond il fut sur moi, je n’oublierais jamais à quel point je me suis senti insignifiante face à son immense mâchoire. A à peine un mètre de moi je pouvais distinguer mon reflet sur l’email de ses crocs.

    Je me demandais vraiment ce que j’avais pu faire pour me retrouver dans un tel pétrin, cela avait-il un rapport avec mon passé ? Et si c’était le cas peut être que je ne méritais pas de vivre. Du moins, à cet instant le fait de vivre ou mourir m’importait peu. J’ai voulu lui répondre avec assurance mais ce fut finalement d’une voix tremblante que je le fis : « Je ne sais pas ce que vous voyez en moi, et si vous ne me croyez pas, alors laisser libre cours à votre haine et tuez-moi…après tout je n’ai nul famille qui m’attend et nul rêve qui me donne la force de vivre ».

    Puis les évènements prirent une tournure différente.

    « Père, cette fille dit la vérité et pourtant je ressens également sa nature profonde et reconnaît cette aura maudite entre toutes » lança le jeune dragon de cuivre avec tristesse.

    Le grand dragon m’examina alors plus attentivement de ses yeux reptiliens puis déclara d’une voix neutre :

    « Tu sembles en effet être une simple humaine ayant la malchance d’avoir une abomination scellée en toi. Je me demande s’il ne serait pas plus sage de t’éliminer maintenant et s’assurer ainsi que celle qui a tué mon père, mon épouse et mon fils aîné ne soit plus que poussière ».

    Cette révélation me fit l’effet d’une douche glacée. J’ai cru que mon cœur s’était arrêté de battre alors que mon esprit appréhendait ces paroles. Son regard reptilien s’était voilé d’une profonde tristesse à la mention des êtres chers qu’il avait perdu. Cette chose qui était en moi avait fait ça ? Avait infligé à cet être devant moi autant de souffrance ? Je senti alors un profond dégoût, une sensation qui ne serait que la première d’une longue liste. J’aurais dû insister, mais ce jour-là je me contentai de lui demander une seule fois : « si ce que vous dites est vrai alors n’hésitez pas, une telle abomination ne mérite pas de clémence et moi je  n’ai plus qu’une envie c’est de rejoindre les miens dans les royaumes des dieux ».

    J’aurais vraiment dû insister mais le dragon redressa sa tête, puis me fixa un long moment. Il sondait mon âme et il vit à cet instant, comme il me le confia plus tard lors d’un de nos nombreuses têtes à tête au sujet de ma nature, une simple mortelle avec un fardeau trop lourd pour ses épaules. Il me dit qu’il n’avait pu me juger autrement qu’avec compassion, pour lui j’étais cette humaine qui brûlait de l’envie de changer les injustices qu’elle avait vu pendant son esclavage et non cette abomination légendaire qui avait ruiné sa vie. Mon cœur lui apparut empli de bonté et compassion. Il se dit qu’il ne vaudrait pas mieux que son ennemi s’il m’ôtait la vie, même si le pire fléau de la région était scellé en moi. C’est à ce moment qu’il décida, même si ça allait être risqué, de me donner la chance de dompter ma nature. Après tout, si l’assassin qu’il avait envoyé sur la piste de son ennemie avait jugé bon de la sceller au lieu de la détruire c’est qu’il devait avoir aperçu une chance de rédemption aussi mince soit elle. Je me demande encore comment une créature aussi sage a pu penser qu’il en sortirait quelque chose de bon d’une telle histoire. Dans tous les cas je venais de rencontrer une des quelques personnes qui allaient contribuer à faire de moi ce que je suis devenue.

    « Quel est ton nom jeune fille ? »

    « Tenkei »

    « Je me nomme Phylauxerimos et je suis le protecteur de la ville de Milvarune qui est à quelques lieues d’ici. Ces personnes à mes côtés sont de courageux aventuriers qui ont accepté de s’unir à ma cause. Tu te joindras à eux. »

    « Non, j’insiste vous devriez venger les vôtres je … »

    « Ce n’est pas négociable jeune fille, je vous propose un foyer et d’œuvrer dans le but d’améliorer la vie de ceux que je protège. Je décide de vous faire confiance et n’ayez crainte, si un jour je venais à ressentir que cette abomination en vous se réveille réellement, j’interviendrais »

    Phylauxerimos se releva de tout son corps puis se concentra et, l’instant d’après, un homme d’âge mur aux longs cheveux de cuivre habillé simplement se tenait à sa place. Il avait une mine amusée en voyant les nouvelles recrues pour sa guilde les bouches ouvertes d’étonnement. Et j’avoue que ça me parut merveilleux sur le coup. C’était toujours amusant de voir à quel point les races humanoïdes pouvaient être surprises de voir un dragon adopter forme humaine. Et combien elles peuvent en pâtir par la suite.

    Toujours est-il que c’est à cet instant que la guilde du Bouclier de Cuivre naquit, ma seconde famille que j’espérais pouvoir mieux protéger que la première.

    « Bien mes amis, cette région comme vous le savez a beaucoup souffert de la folie de vos semblables. Les raids des esclavagistes thayens, ou encore les pillages perpétrés par les nomades tuiganes ou les tentatives d’invasion de l'Empire Mulhorandien on fait de nombreuses victimes et ce depuis trop longtemps. Bien que nous les dragons, n’aimons pas intervenir dans les affaires des hommes, j’ai pris la décision d’aller contre cette tradition. Cette guilde que je propose de fonder aujourd’hui avec vous aura pour but d’œuvrer pour établir à long terme un équilibre et j’espère un jour une paix durable. Il est évident que vous n’aurez aucun pouvoir de gouvernement mais je compte sur vous pour influencer  petit à petit les vôtres. L’enjeu est simple, pour que cette ville et la région environnante puisse affronter les pouvoirs grandissant de cultes maléfiques comme celui de Talonna ou celui de la Mère des dragons Tiamat, il est essentiel que vous soyez unis. Maintenant ceux qui souhaitent rejoindre cette guilde qu’ils fassent un pas en avant et se présentent ».

    L’instant d’après je découvrais les membres de cette futur famille, je vis un à un les aventuriers faire un pas en avant et se présenter.

    Tout d’abord un nain, une grande hache attachée a son dos et les restes de son dernier repas encore sur sa barbe.
    « Je suis Bullweis Poing d’Acier, et mes compétences de guerrier sont à vous noble Phylauxerimos »

    Puis un paladin grisonnant.
    «  Humbert, paladin de Heaum à votre service »

    Une humaine à la chevelure rousse et  habillée comme un marin s’avança :
    « Capitaine Goween, votre entreprise m’intéresse et je mets à votre service mes armes et ma caravelle »

    Puis un jeune halfelin armé d’une grande lance ajouta avec energie et enthousiasme :
    « Je me nomme Tybord et je prie Tempus d’avoir la force de défendre votre cause ».

    Ensuite un jeune mage, timide et frêle bredouilla d’une petite voix mal assurée :
    « Melchis à votre service, je serais enchanté de pratiquer les arcanes en construisant à vos côtés un monde de paix ».


    Puis une créature saisissante et sombre s’avança :
    « Je sais que vous vous demandez tous d’où je viens, je me nomme Morrigane et ma mère était une succube des abysses. Mais n’ayez crainte, mon compagnon d’armes et moi même avons décidez d’embrasser la cause qui est votre »

    A ces mots tous les hommes de l’assemblé furent subjugués par la beauté envoûtante et sombre de Morrigane, elle était terriblement belle et même moi dont mes appétits sexuels ne se tournent pas vers les membres de mon propre sexe ait été secouée par sa présence.

    Un sombre chevalier se plaça à ses côtés.
    « Je me nomme  Lucius Vorenus ».

    Ce fut le tour à une très jeune femme aux origines tuiganes de s’avancer, elle était en armure de cuir et tenait un arc en bandoulière.

    « Eiji…je serez des vôtres » dit elle d’une petite voix timide

    Ensuite ce fut le tour d’un mage se présentant comme Nethentyr, puis vint le tour d’une jeune femme en harnois de plaques complet et se présentant comme Midnight prêtresse de Tempus. Puis une jeune rokugani habillé de cuir sombre, elle se nommait Ayame et pour finir un gobelours haut de deux mètres qui se présenta comme Gnarsh.

    Mon tour arriva et courroucée par ce que je venais d’apprendre sur ma nature je fus brève et un peu sèche envers ma future famille :
    « Je crois que vous avez tous compris qui je suis…et que je n’ai pas d’autre choix que d’être des vôtres ».

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Mar 12 Sep - 11:20

    Chapitre troisième Milvarune


    Ah Milvarune ! Petit joyaux de l’orient, début de la Route Dorée et un des ports les plus accueillant entre les Empires d’Orient et les contrées du Mitan Occidental. Une ville des plus attirantes quand je suis arrivée. Jeune adulte ayant tout à découvrir et toute mon adolescence à rattraper…que demander de plus que cette ville où les cultures et les marchandises de tous horizons se croisaient et se mélangeaient ? Je n’avais jamais été aussi excitée.

    Phylauxerimos avait tout prévu et un grand bâtiment longeant une des rues perpendiculaires au port nous y attendait. L’entrée donnait sur un grand hall du quel on pouvait entre voir la cour intérieur. Immédiatement à gauche une grande salle avec des cuisines à l’arrière serait notre réfectoire et plus tard notre taverne. A droite une vaste salle aux cloisons mobiles deviendrait notre salle de réunion. De l’autre côté de la cour, qui était suffisamment grande pour s’entraîner à l’arc mais aussi pour cultiver quelques plantes, un édifice de deux étages avec à son extrémité nord une tour de trois étages avait été prise d’assaut par les mages du groupe. De son balcon on avait une vue imprenable sur le port et le large.

    L’étage comportait une vingtaine de chambres et la salle la plus intéressante de la guilde : la salle d’eau. Nous avions tous été ébahis en voyant cette vaste salle où sur un simple mot de commande on pouvait accéder à de l’eau chauffée à souhait et aux propriétés revigorantes.

    Même moi qui avais vécu dans la demeure d’un puissant mage n’étais pas préparée à un tel luxe. En plus, le bain était assez grand pour accueillir quelques personnes. Fallait bien ça ne serait-ce que pour les membres qui sortaient de l’ordinaire comme le gobelours. Bien que personne à ma connaissance n’ait su avec certitude qu’il prenait des bains.

    Cela me semblait bien excessif à l’époque mais en apprenant à connaître les dragons métalliques et notamment Phylauxerimos on s’aperçoit qu’ils sont des créatures des plus raffinées et attachées aux commodités, surtout quand ils se baladent sous forme humaine. Notre mécène appréciait de se mélanger à nous et adoptait la personnalité d’un barde nommé Declan quand il voulait observer les humains qui passaient la soirée dans notre taverne.

    Cela faisait cinq jours que nous étions arrivés quand on a eu notre premier client. Pendant ces premiers jours chacun s’était trouvé une place. Bullweis et Gnarsh passaient une bonne partie de leur journée aux cuisines. Ces deux-là s’étaient très rapidement lié d’une franche camaraderie et les talents de cuisinier du gobelours l’avaient catapulté en un seul repas au rang de cuistot de la guilde. Quant au nain, qui était un fin connaisseur en boissons de tout genre, il ne quittait plus Gnarsh d’une semelle. C’est dès le début qu’ils commencèrent à échafauder les plans pour monter une taverne dans la guilde et dès la fin de la première semaine ils avaient déposé une requête au conseil.

    Pour faire court je dirais que le conseil était le fruit de nos débats sur la gestion de la guilde. Le système était simple, tous les trois mois chaque corps de métier proposerait un représentant qui siégerait au conseil. Seul Humbert, le plus expérimenté de la guilde avait une fonction fixe, celle de porte parole. Ainsi le premier conseil de la guide fut constitué par Nethentyr, qui représentait les mages et ensorceleurs, Midnight, qui parlait au nom des professions de la foi, Bullweiss pour les combattants et Ayame qui représentait les espions et escamoteurs. Le conseil était chargé de la paperasse et des décisions quotidiennes de la gestion de la guilde. Mais pour ce qui était de l’acceptation des nouvelles recrues un vote de tous les membres était requis.

    Les lanceurs de sorts, c’est à dire Nethentyr, Melchis et la délicieuse Morrigane, avaient commencé à aménager le dernier étage de la tour pour qu’elle devienne le repaire digne des érudits de notre guilde. Les projets d’une riche bibliothèque et d’un laboratoire où ils pourraient créer des potions et des babioles magiques étaient constamment sur leurs lèvres.

    Goween, quant à elle, passait beaucoup de temps sur sa caravelle et avec l’aide de Tybord qui s’était découvert une soudaine passion pour la navigation, ils écumaient les bars environnants pour jauger les marins susceptibles de venir compléter son équipage.

    Ayame, elle, on la voyait jamais se lever avant midi, l’après-midi elle traînassait dans les couloirs de la guilde ou faisait le tour des boutiques réservées aux aventuriers de sa trempe avec Midnight. La nuit venue, elle s‘éclipsait totalement après le repas. « Collecte d’information » se contentait elle de répondre quand on la questionnait sur ses activités nocturnes. Quant à Midnight, si elle n’était pas avec Ayame l’après-midi elle était au Temple de Tempus.

    Pour les membres restant, on passait le plus clair de note temps dans la cours d’entraînement.
    Eiji s’entraînait la plupart du temps seule contre un mannequin. Elle s’efforçait  de viser les points vitaux avec ses flèches jour après jour. Très rapidement je me rendis compte qu’elle excellait dans son art. J’ai essayé de lui proposer d’échanger quelques passes d’armes mais nos styles de combat différaient du tout au tout. Eiji, avait du mal à manier une lame et lors de notre premier et quasiment seul entraînement je perçu tout de suite son mal à l’aise avec moi. Ayame m’appris plus tard qu’elle avait aussi été esclave chez les thayens depuis sa tendre enfance. Il était évident qu’elle n’avait pas eu la même chance que moi. Mais Ayame était bien loin de la vérité, nous avions beaucoup plus en commun qu’un simple passé d’esclave.

    Ces premiers jours, celui qui passa le plus de temps avec moi fut Humbert. A ce moment là il en savait bien plus sur moi que moi-même. Il connaissait cette chose qui avait été scellée en moi et comprenait beaucoup mieux que les autres les enjeux qui en découlaient. Je ne sais si c’est son sens aigu de la compassion ou tout simplement de la pitié mais il me soutint dès les premiers instants en connaissant la réalité. Les autres ne réalisaient pas encore qui était l’ennemi de leur mécène dragon, seul lui avait conscience.

    Qui aurait pu croire que j’avais en moi la Mort Ecarlate ?
    Ce légendaire dracosire rouge, premier général de Tiamat. Celle qui avait réduit des nations entières en esclavage et qui avait forcé des peuples entiers à la vénérer comme une déesse. On lui amputait même le désert Thayen et une autre bonne série de terres désolées et ravagées.

    Humbert pensait sans doute que la confiance et l’amitié sincère pourraient me tenir écartée du désespoir. Et tant que j’aurai la volonté de vivre et des êtres à chérir et qui me chériraient mon âme serait assez forte pour repousser cette créature enfermée en moi. Personne n’aurait pu penser à l’époque que cette logique serait à double tranchant.

    Bref, en tout cas à la fin du cinquième jour, nous eûmes notre premier client. On avait tous été convoqués à la salle de réunion. Quand je suis arrivée tout le monde était déjà présent et attendait patiemment que l’invité expose la mission qu’il venait nous proposer. Je ne pu m’empêcher de reluquer le dit invité, jeune homme grand et élancé aux cheveux d’un cuivre ensorcelant et au sourire désarmant. C’était Drendan, ou du moins c’est ainsi que se faisait appeler le fils de Phylauxerimos quand il prenait forme humaine. Je me souviens encore de l’excitation d’Ayame en le regardant. Elle perdait tous ses moyens et ne pouvait s’empêcher d’être de plus en plus attirée par ces dragons qui se mêlaient à nous sous forme humaine. Mais je n’ai jamais su si son intérêt pour eux se limitait à leur nature ou était intrinsèquement lié à leurs trésors.
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    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Mar 12 Sep - 11:54

    Chapitre quatrième ,le sphynx,



    Drendan nous regarda un à un. Nous les mortels que son père avait réunis et unis sous le nom de la Guilde du Bouclier de Cuivre. Comme chez son géniteur je croyais déceler au fond de ses yeux une sorte d’affection pour les humains et les autres races humanoïdes de ce monde. Les dragons métalliques étant des être foncièrement bons, ils détestaient sûrement de nous voir nous entre déchirer.

    Ce jour là, Drendan était notre premier client et était venu nous délivrer un message de son père.

    - « Chers amis, mon père m‘envoi vous transmettre votre première mission. Je suis donc votre premier client et ma mission sera le début d’une longue série de quêtes que j’espère vous réussirez toutes sans encombre."

    "Votre mission est simple et ne devrait nécessiter qu’une demi douzaine d’entre vous.
    Au nord de notre repaire se situe une petite chaîne de montagnes dans laquelle nous avions une grotte qui appartenait à notre famille depuis toujours. Aujourd’hui elle est occupée par une autre créature qui n’est pas tout à fait hostile. Cependant elle à tout de même fait siens  nos biens qui se trouvaient sur place. Nous voudrions que vous les récupériez ».


    Deux heures après je me préparais pour ma première mission. Suite à la demande de Drendan nous avions conversé pendant près d’une heure pour mettre en place le groupe qui aurait l’honneur de mener à bien cette première mission. Et j’avais été choisie. En tant que rôdeuse la plus expérimentée je devais guider le groupe et interpréter les éventuelles traces que nous rencontrerions en chemin. J’étais très nerveuse à l’idée d’avoir cette responsabilité, notamment quand je me disais que j avais passé ces 5 dernières années loin des étendues sauvages. Je m’étais isolée dans ma chambre pour me préparer. J’avais vérifié le tranchant de mes kukris, puis mon arc et mes flèches. Etant tout ce que je possédais, je me suis rendue ensuite à l’armurerie de la guilde où étaient entreposés quelques effets utilisables par tous.
    Je me choisi un plastron en cuir, ainsi que des protections pour mes avant bras et un sac à dos où je rangeai quelques mètres de corde, un miroir, de l’amadou et du silex. Puis je suis passée  aux cuisines où Gnarsh avait préparé des rations de voyage pour tous ainsi que des gourdes remplies d’eau pour certains, et d’une boisson alcoolisée spécialement préparée par Bullweis, pour d’autres. Je me souviens avec précision de chaque étape de ma préparation. C’étaient là des gestes qui deviendraient des habitudes.

    Je retrouvai enfin les autres membres de cette première expédition dans le hall de la guilde : Nethentyr, le mage humain à l’air toujours circonspect, Morrigane, l’étrange demi-succube à la beauté enivrante qui excellait dans la sorcellerie, Humbert, le vieux paladin qui s’était toujours montré d’une grande gentillesse avec moi, Tybor l’halfelin à la longue lance, puis Ayame.

    En une journée nous avions parcouru la moitié du chemin. Equipés de deux chariots tirés chacun par un couple de chevaux on avait bien avancé sans accumuler la fatigue du chemin.
    Je descendais à intervalles réguliers pour inspecter le chemin et étudier les traces sur notre passage. Quant à Ayame elle profitait du voyage en carriole me lançant de temps en temps des commentaires provocants sur l’esclavage. J’avais commis l’erreur de vouloir en savoir plus sur nos origines rokuganaises et depuis, je ne récoltais que des railleries sur notre peuple ou sur mon ancienne condition d ‘esclave de la part de la voleuse. Le pire c’est que l’halfelin se joignait à Ayame, rebondissant sur chacun de ses commentaires avec malice.

    Courroucée au début, et blessée de ne pas réussir à construire un lien avec cette Ayame, Je décidai de me calmer. A cette époque je prenais peut être trop à cœur mes blessures passées. Et j’avais sans doute oublié ce que des liens d’amitié ou de fraternité signifiaient. La seule chose dont j’étais certaine à cette époque c’est que je ne savais plus comment m’y prendre avec les autres. De plus ma gaucherie était accentuée par ma soif de compagnie et d’attention qui était évidente même à mes yeux.

    Mettant de côté mes conflits et doutes existentiels je décidai ce jour là de profiter plutôt de la liberté dont je jouissais après tant d’années de confinement. Je marchais à côté de la carriole et me laissai envahir par les bruits de la nature, le rythme de sabots des chevaux, les grincements des roues des chariots, les bavardages d’Humbert, Nethentyr et Morrigane et la caresse du soleil couchant sur mon visage. Je me disais que ces sensations devaient devenir une de mes sources de motivation. Après le comportement d’Ayame je réalisai que combler ma solitude après ce que Phylauxerimos avait révélé au grand jour ne serait pas une chose facile. J’aurai certainement du ne pas insister sur ce point.


    La nuit, nous avions monté le campement en installant les chariots de façon à nous protéger du vent qui balayait l’altiplano sur lequel nous nous étions arrêtés. Quelques kilomètres plus loin on pouvait apercevoir la racine de la chaîne de montagne qui prenait pied sur l’altiplano.
    Ayame ne cessait de regarder au loin, comme si ses yeux brillants de cupidité pouvaient sonder l’obscurité…quelque part entre les premiers plis de la montagne, l’ancien repaire de Phylauxerimos, regorgeant de trésors, nous attendait.

    Après un repas des plus délicieux, les discussions sur la nature de la créature et sur la taille du trésor avaient duré tard dans la nuit. Après avoir imaginé les pires possibilités nous nous sommes accordés sur le fait que Phylauxerimos ne nous aurait pas envoyé, pour notre première mission et en tant que premier client, vers une mort annoncée.

    Je pris le premier tour de garde, alors qu’Ayame, Tybord et Humbert se reposaient, et que Nethentyr continuait la discussion à voix basse avec la demi-succube. Je me souviens d’avoir repéré cette nuit là les premiers signes de leur relation naissante. Le mage buvait chacune de ses paroles, et je voyais bien que ce dernier tombait peu à peu dans les filets de la séductrice Morrigane.

    Assise loin du feu, je fis le vide en moi comme me l’avait appris Hokaku  et je synchronisai mes sens sur l’environnement, le crépitement du feu, les respirations paisibles de mes compagnons, le hululement du vent, les craquements des chariots sous l’effet des rafales régulières et tout ce qui nous environnait. Je laissai ma vue s’adapter à l’obscurité en remerciant la lune pour son éclairage modeste. J’étais consciente de n’être qu’une débutante, comme nous l’étions tous au début d’ailleurs, sauf peut être Humbert et Morrigane. Avoir cette nuit là charge de la sécurité du groupe était une responsabilité qui me terrifiait mais j’espérais aussi pouvoir m’en montrer digne. Je me perdis dans mes pensées et les heures passèrent sans que je m’en aperçoive. Tandis que je recommençais à ressasser de sombres pensées et les souvenirs du clan d’Hokaku, un bruit nouveau dans la cacophonie à laquelle je m’étais habituée, m’alerta.

    Je me déplaçai alors vers le campement aussi silencieusement que je le pu tout en me concentrant sur ce mystérieux bruit. Quelque chose se traînait dans la rocaille.
    Alors que j’entrais dans le campement, le vent cessa de souffler quelques secondes, et là j’entendis clairement ce bruit qui provenait de directions différentes et nombreuses. Quoique ce soit qui rampait dehors, ils étaient nombreux et encerclaient le campement petit à petit.

    Avec un sentiment d’urgence, et aussi, fallait l’avouer, de peur, je réveillai mes compagnons. Alors que Humbert et Tybor organisaient la défense, je me plaçai près de chevaux dont l’instinct leur dictait que des prédateurs les cernaient les rendant fous de terreur. On devait les calmer. Pendant ce temps, Morrigane incantait des sorts de protection sur chacun de nous. C’était un sort de débutant, notamment aux yeux d’une native des abysses, mais dans la réalité, il était des plus pratiques.

    Enveloppés d’un mince bouclier de force qui aiderait à repousser les attaques physiques nous attendions avec nervosité que nos ennemis soient visibles. J’avais  placé les chevaux du mieux que je le pouvais pour pouvoir les protéger rapidement s’ils étaient pris pour cible. Ayame quant à elle, elle s’était embusquée sur un de nos chariots et avait chargé son arbalète. Tybord lui s’était placé fièrement avec sa lance de façon à protéger Nethentyr et Morrigane.
    Soudain  au son des pas rampant dans la rocaille vint s’ajouter celui de grognements ainsi que l’odeur fétide de la chaire en décomposition. Et bientôt la lueur de leur feu de camp se refléta dans les yeux globuleux et jaunâtres des créatures. Humbert et Morrigane comprirent par instinct qu’il s’agissait de créatures non vivantes. Et le paladin fût le premier à les reconnaître.

    -"Des goules…faites attention à leurs griffes, un seul de leur touché et vous risquez d’être paralysés."

    Les créatures marquèrent une pause à quelques mètres de notre groupe. Elles étaient neuf. Je m’étais équipée de mon arc espérant pouvoir l’utiliser dès que je les verrai mais je compris rapidement qu’il serait sans effet, non seulement ces morts vivants n’étaient faits que d’os et de lambeaux de chaire, mais ils étaient bien trop proches pour risquer de garder l’arc à la main. Je dégainai alors mes kukris en priant pour qu’ils soient suffisants pour parer leurs attaques. C’était mon premier combat et bien que j’avais à cette époque une profonde haine envers les thayens qui ne demandait qu’à s’exprimer, je fus soulagée d’affronter des morts vivants et non des êtres humains. Ayame elle, ne se posa pas de questions, elle pressa la détente de son arbalète pour voir le carreaux rebondir sur la cage thoracique de la créature la plus proche. Je ne pus m’empêcher de sourire face à son échec, la susceptibilité a toujours été un de mes pires défauts.

    Puis elles bondirent sur moi et bien que je pensais être préparée je restai pétrifiée face à ce spectacle. Leur immenses gueules excellant une haleine putride, la salive fétide dégoulinant de leur lèvres en décomposition et les mandibules déformées par des crocs qui n’avaient plus rien des dents humaines qu’ils furent autrefois …des détails qui auraient pu êtres mes derniers souvenirs si je ne m’étais pas reprise à temps. Je bloquai la main griffue qui avait tenté de m’éventrer avec mon kukri tout en me déplaçant sur le coté et légèrement derrière la goule. De mon second kukri je tentai une attaque, mais ma lame incurvée ripa sur les côtes de la créature. C’était le début de mon duel avec le mort vivant et au fur et à mesure des attaques et parades qui s’enchaînaient la panique me gagnait. Aucune de mes attaques ne passaient et je me demandais combien de temps je pourrais continuer à parer les coups de griffes du monstre.
    Je me risquai à jeter un coup d’œil autour de moi et j’aperçus  Morrigane et Nethentyr  qui faisaient pleuvoir des projectiles d’énergie bleutée tandis que Humbert gardait leurs arrières avec son bouclier et son épée longue. Tybord et Ayame s'étaient rapprochés et combattaient dos à dos. Ils avaient l’air de s’en sortir bien mieux que moi.

    .Alors que je commençais à penser que je pourrais tenir la créature a distance le temps qu’un de mes compagnons me vienne en aide la goule redoubla de rage et  multiplia ses attaques avec violence. Habituée à des coups plus lents je ne fus pas assez rapide pour m’adapter au changement de rythme. Elle m’entailla profondément la jambe gauche et je senti un froid mortel s'immiscer dans ma jambe qui cessa de me soutenir. Le mort vivant se jeta sur moi me faisant complètement basculer en arrière en tentant de mordre mon cou. Allongée sur le dos j’ai eu assez de réflexes pour attraper à temps le cou de la créature stoppant sa gueule à quelques centimètres de mon visage. Dans ma chute j’avais lâché mes kukris et j’étais consciente que mes compagnons se bâtaient encore. Terrorisée et sous l'emprise du froid mortel qui me submergeait aucun son ne sorti quand je voulu crier. C’est à ce moment que je réalisai que quand bien même je portais en moi un être ignoble je voulais vivre ! Je voulais tout connaître de la vie et la croquer à pleines dents peu importe le regard des autres. Cette nuit seul le feu de camp était à ma portée, désespérée je vis un morceau de bois pouvant faire l'affaire. Il  brûlait encore et été enveloppé dans les flammes. Et là elle me sauva la vie pour la première fois.

    "PRENDS LE ! "

    C’était sa voix qui résonnait dans ma tête.
    Je n’eus jamais le loisir de considérer la question, ma main libre agit par réflexe et plongea dans le feu pour récupérer la massue improvisée que j’abattis sur la goule brûlant ses lambeaux de chair et les quelques haillons qui l'habillaient. Elle fit un bond en arrière pour se trouver face à Humbert qui acheva la créature et m’aida à me relever.

    Le combat avait cessé et j’étais la seule à être blessé grièvement. Je me souviens avoir ressenti une grande honte. Je sentais que je n’avais pas été à la hauteur. Susceptible et supportant mal les défaites ? Oui je le reconnais, j’ai toujours été ainsi. Ce soir là j’acceptai presque de mauvaise grâce les soins d'Humbert. Convaincue que mes compagnons me jugeaient pour mon incompétence à me défaire d'un seul adversaire je m’isolai le reste de la nuit. Assise non loin du feu je passai quelques heures absorbée par la contemplation de ma main droite, celle qui aurait dû garder les traces du feu mais qui était resté intacte. J’avais à peine senti la chaleur du feu et cette voix dans ma tête je ne l’avais pas rêvée.

    Le reste du voyage se fit sans encombre, dans les hauteurs de l'altiplano sans cesse balayées par le vent, nous, les fiers compagnons du Bouclier du Cuivre avancions avec la détermination d'en finir rapidement avec notre première mission. Très rapidement nous arrivâmes devant l'ancien repaire de Phylauxerimos. Des os, en majorité non humanoïdes étaient entassés à l'entrée.

    "Charmant" fit Tybord en étudiant les os qui étaient proprement nettoyés.
    "Au moins il ne semble pas y avoir de restes humains"  renchérit une Ayame des plus excitées. "Allons voir ce que nous cache cette grotte !"

    Puis la voleuse se faufila à l'intérieur suivi de près par le halfelin tout aussi enthousiaste qu'elle. J’échangeai alors un regard surpris avec mes autres compagnons. Ayame était bien trop impatiente à notre goût. Alors que Humbert commençait à râler Ayame nous appela d’une voix surexcitée.

    "HEY LES AMIS VENEZ VOIR ! "

    Nous la rejoignîmes avec hâte pour découvrir le spectacle saisissant d'une splendide montagne de pièces d'or, d'argent et d'autres métaux bien plus précieux. Des gemmes venaient colorer le tableau ainsi que de nombreux bijoux. A la vue de ce trésor un petit quelque chose se réveilla en moi. Quant à Ayame, elle rayonnait littéralement de cupidité face à cette vision de rêve jusqu'a ce que ses yeux se posèrent sur ce qui semblait à prime abord être des armures. On sursauta tous quand elles s'animèrent. Il ne s'agissait pas d'armures mais d'un assemblage de pièces en bois de forme humanoïde. On aurait pu dire que c'étaient des marionnettes géantes et articulées en milles morceaux. Il y en avait trois et leur mouvement mécanique et gauche n'était aucunement agressif. C’est là que le sphinx fit son apparition.

    "N'ayez crainte, ils ne sont que des jouets" murmura une voix rauque du fond de la caverne. On vit alors une immense silhouette féline sortir des ombres et venir s'allonger devant nous. Il était presque aussi grand que le fils de Phyaluxerimos, autrement dit je lui arrivais à la cheville. J’étais fascinée par son visage mi humain mi félin et son pelage doré qui évoquait des rivières d'or à la lumière de nos torches. Le sphynx était magnifique et terrifiant.

    Morrigane, moins sensible au charme de la créature brisa notre fascination :

    "Nous venons de la part de l'ancien occupant des lieux, je suppose que vous devez savoir de qui il s'agit ?"

    Le sphynx esquissa alors  ce qui aurait pu être un sourire mais son faciès rendait toute interprétation hasardeuse.

    "Bien piètre énigme que voilà fille du chaos. Vous venez donc de la part de cet exemplaire dragon de cuivre qu'est Phylauxerimos. Soit…"

    "Heu...nous venons surtout pour le petit tas de pièces devant vous monsieur le Sphynx" rétorqua Ayame de son sourire le plus enjoliveur.

    Le sphynx regarda la voleuse d'un air courroucé alors que Tybord s'approchait d'Ayame pour lui murmurer quelque chose à l'oreille..."c'est une fille Ayame".

    "Heu ..mademoiselle..." rajouta Ayame un peu gênée.

    Bien que les échanges semblaient détendus nous étions tous très nerveux. Un sphinx…ce n’était pas une mince affaire et cette créature n’était clairement pas sur la liste que nous avions dressée la veille sur les candidats potentiels au titre de « premier ennemi à affronter ».
    Il coupa court à nos réflexions.

    "Bien un peu de diversion sera la bienvenue, je vous propose un petit jeu de devinettes. Celui qui répondra à mes énigmes repartira avec autant de richesse qu'il pourra porter sur lui."

    Le visage d'Ayame s'illumina, elle pensait manifestement que l'épreuve serait bien plus simple que ce qu'elle aurait pu imaginer mais un commentaire de Nethentyr vint lui gâcher ce moment d'exaltation.

    "Que se passe t'il si nous ne répondons pas correctement à l'énigme ?"

    Le sphynx se lécha distraitement une de ses pattes avant puis fixa son regard sur ses jouets.

    "Si vous ne répondez pas correctement vous viendrez rejoindre mes jouets. Ces trois  brigands n'ont pas su relever mon défi".

    "Vous voulez dire que ces choses étaient des humains avant ?" Demandai je alors avec une pointe d'angoisse dans ma voix.

    "C'est exacte, les autres bandits n’ont pas survécu au sortilège, je crois qu’ils errent quelque part dans la nature".

    "Mais s'il n'ont pas survécu comment peuvent 'ils errer dans..." Je n'achevai pas ma phrase comprenant les implications de mon raisonnement..."les goules sont de votre fait ? "

    "De mon fait ? Ils ont joué ils on perdu c'est ainsi."

    "Et pour les autres ...resteront-ils comme cela à jamais ?"


    "Non, il suffit que quelqu'un les assemble et résolve l'énigme qu'ils sont devenu" fit le Sphynx accompagnant ses dires d'un coup de patte qui vint briser une des marionnettes en des centaines de morceaux. "Quelqu'un aime les puzzles? Mais bon, tâchez de le résoudre sinon vous finirez comme eux."

    Nethentyr s'avança soudain, déterminé et calme il se lança le premier :

    "J'attends votre devinette Sphynx."

    Le sphynx ne perdit pas son temps et lui répondit de suite :

    "Du repos des humains, implacable ennemie.
    J'ai rendu mille amants envieux de mon sort.
    Je me repais de sang et retrouve ma vie dans les bras de celui qui souhaite ma mort.
    Que suis-je ?"


    Je réfléchi de mon côté et la réponse me sauta aux yeux, il s'agissait de la puce. Quand j’y repense j’aurais du me montrer moins orgueilleuse.

    "La puce", répondit Nethentyr.

    "Bravo, vous pouvez emporter votre part. Le suivant ?"

    Les autres se regardèrent nerveux, le risque était bien trop important, mais leur cause l’était aussi. Humber s'avança.

    "Je vous écoute."

    "Il parle toutes les langues sans en comprendre aucune.
    Il loge dans les hauteurs mais jamais dans les dunes.
    Il faut bien se garder de lui faire confiance.
    Car il va répéter la moindre confidence.
    Qu'est-ce ?"


    La encore j’eu de nouveau la réponse qui vint à mon esprit alors que je n'avais même pas fini d'entendre la devinette. L'écho. J’allais bientôt vivre ma première leçon d’humilité. Je n’aurais jamais du être aussi prétentieuse.

    Humbert ne répondit pas de suite, Il s'assit par terre et réfléchi quelques minutes. La nervosité de mes compagnons était palpable. Et la mienne aussi, je réalisai soudain que j’avais une sorte d'affection pour le vieil homme. Finalement il se redressa et répondit correctement.

    Le sphynx regarda les autres membres de l'expédition attendant que l'un d'eux veuille se prêter à son jeu. Personne ne bougea. Je regardai alors Ayame avec un air interrogateur

    "Non mais ça ne va pas non ? Je suis trop jeune pour finir en casse tête moi !"

    Les autres refusèrent les un après les autres. Enhardie comme j’étais par la facilité avec laquelle j’avais trouvé les précédentes réponses je me proposai.

    "Allez y posez moi votre question grand Sphynx."

    Ce dernier me regarda avec ses yeux plein de malice heureux de voir un autre candidat pour le divertir. Même avec toute sa sagesse il n’aurait jamais pu prédire la suite des évènements. Autrement il m’aurait posé une devinette plus facile.

    "Bien alors écoute attentivement : Celui qui le fabrique le vend, celui qui l'achète ne s'en sert pas, celui qui s'en sert ne le sais pas.
    Qu'est-ce ?"


    Et la ce fut le drame. Aucune réponse ne vint à mon esprit. Pas même le soupçon d'une piste. Rien. Je m'assis pour réfléchir et les heures passèrent. Mes amis me regardaient avec nervosité et inquiétude. Ce qui avait le don de m'irriter. En plus le sphinx se mit aussi à m’exaspérer.

    "Prenez votre temps jeune fille, j'ai l'éternité devant moi" fini par dire le sphynx.

    Puis Ayame s'approcha de moi,

    "Tenkei veux tu quelque chose à boire ou à..."
    "Laissez moi..."

    Je senti alors son regard plein de pitié. Il était clair que pour la voleuse je ne m’en sortirais pas vivante de cette caverne et eux ils ne pourraient jamais affronter un tel adversaire.
    "C'est bon je vous dis, allez bivouaquer dehors et laisser moi seule un peu, vous me stressez à me regarder comme si j'étais condamnée, allez du balais, ça s'entend que vous crevez de faim là, vos gargouillis me déconcentrent ... allez allez... " fit je en faisant signe à mes compagnons de partir.

    Je me retrouvai alors seule avec le Sphynx qui me regardait fixement. Je l'ignorai en espérant enfin être au calme pour réfléchir à l’énigme. C’est alors que je la  senti se réveiller en moi.

    "Alors ma pitoyable humaine, on bloque sur la réponse ? "Fit cette voix dans mon esprit.

    Je ne savais pas trop comment réagir au début mais je fut bientôt fixée.

    "N'ai pas peur petite chose, dit toi seulement que je suis ta conscience" fit la voix d'un ton moqueur.
    "Qui êtes vous ?"
    "Je peux te donner un petit coup de griffe si tu veux...."
    "...."
    "Ne soit pas timide et suis mes conseils, ce serait dommage que ta si courte vie s'achève ici non ?"

    "Vous pensez plutôt à la votre espèce d'abomination...si je meurs vous mourrez aussi. Laissez moi tranquille je me sortirais de ce pétrin par mes seuls moyens."
    "Comme tu veux...."


    Les heures passèrent et aucune réponse ne venait à mon esprit fatigué et tout s'embrumait dans ma tête. Mes compagnons avaient monté le camp à l'entrée de la grotte et attendaient patiemment mon retour.

    A la fin je ne réfléchissais même plus et je me laissais aller dans les souvenirs de mon si court passé. Alors que le sommeil allait bientôt vaincre ma volonté, la conversation télépathique repris.

    "Toujours pas envie d'un coup de main ?"
    "...."
    "On pourrait résoudre ce petit problème en un clin d’œil tu sais."
    "Vous avez la réponse?"
    "Oui, mais je ne te la donnerais pas, on fera les chose à ma manière."
    "Je ne suis pas intéressée alors."
    "Hum la petite mortelle fait sa capricieuse, laisse la sage et puissante Alextraza t'aider."
    "C'est une ruse pour briser votre prison ..."
    "Je ne peux le faire et je n’ai pas envie de crever devant un misérable sphinx ! Je t'ai sauvé des goules ce n'est pas pour venir servir de joujou à ce félin arrogant !"
    "Je préfère mourir que de vous laisser faire."
    "Je vois, la petite joue la carte de l'intégrité morale. Alors faisons autrement. Ta soeur est encore en vie et je sais où elle est."
    "....vous mentez ..."
    "Possible, mais à toi de voir."


    Après quelques heures de réflexion je me décidai.

    "Vous êtes là ?"
    "Oui ma chère, et à ton service."
    "C'est Alextraza c'est ça ?"
    "Oui c'est mon petit nom."
    "Vas y fait ce que tu dois faire."


    La première chose dont je me souviens après ces mots c’est de Tybord qui montait la garde alors que les autres se reposaient. Lorsqu'il me vu il écarquilla les yeux. Derrière moi une lumière intense se dégageait encore de la grotte ainsi que de la fumée et une odeur de chair grillée.

    Comment avais-je pu céder ? En deux jours cette chose m’avait sauvé des morts vivants mais aussi de ma propre arrogance. Cette chose que je haïssais plus que tout et dont la seule pensée des atrocités qu’elle avait commise me dégoûtaient tellement que je me sentais sale et coupable.

    "Le trésor entier est à nous" lançais je à Tybord en passant à ses côtés. J’avais du mal à contenir cette sensation de mal être et de dégoût.

    Qu'avait je fais en faisant confiance à Alextraza alias la Mort Ecarlate. Comment pouvais-je prétendre être du côté du bien si j’utilisais la puissance de cette abomination ? Me dire qu’elle ne m’avait pas manipulée était me voiler la face. Voici comment commença ma guerre contre elle.

    Re: Tenkeï Homura

    Message par La Mort Ecarlate le Jeu 9 Nov - 16:03

    Chapitre cinquième, Samanosuke.



    Samanosuke. Le seul qui saisit ma véritable nature dès le premier instant. Quand je croisai ses yeux noirs pour la première fois je su que je ferais tout pour lui. Tout, et c’est ce que je fis.

    Il se présenta à notre guilde après m’avoir vu déambuler dans le quartier des rokuganis.
    C’était le quartier le plus miséreux de la ville. Les expatriés de l’extrême orient en avaient fait leur dernier lieu de perdition. La première fois que j’y mis les pieds je réalisai que les rêves de Hokaku san se seraient brisés face à cette réalité. Ils vivaient dans des masures pleines à craquer, les détritus traînant dans les rues et les enfants sales au ventre gonflé par les vers se regardaient dans le blanc des yeux en attendant qu’un de leurs frères aînés reviennent avec les restes trouvés dans les poubelles des autres quartiers. Certains forgerons essayaient de commercer leurs produits fait dans des forges de mauvaise qualité avec des instruments minables et un minerai de mauvaise extraction. Je compris vite que c’était le racisme qui les avait mis au banc de la société.

    Je découvris ce quartier après être revenue de cette mission avec le sphynx. Le soir, la guilde avait trinqué à notre réussite et beaucoup avaient prononcé le mot « dragon ». Ils étaient fiers de m’avoir dans leurs rangs, le trésor leur faisait sans doute tourner un peu la tête car grâce à lui nous pouvions concrétiser nos projets pour notre guilde. Lasse qu’on me traite en héroïne et qu’on bénisse ma nature ambiguë je m’étais éclipsée les laissant à leur rêverie. Malgré le trésor ma bourse était maigre mais ça n’allait pas m’empêcher de réaliser mes plans ce soir là. Je m’introduis dans la réserve de la cuisine et commençai à fourrer dans un sac tout ce qui était directement comestible. J’allais rembourser Gnarsh avec ma paye, mais les enfants rokuganais ne pouvaient attendre la fin de la semaine. Le gobelours me pris les mains dans le sac. Et c’est alors que je surpris son regard plein de compassion. Ce qui était assez déroutant à voir sur le visage de cette créature de plus de deux mètres à la peau verdâtre et a la pilosité abondante. Je lui expliquai mes bonnes intentions et il m’accompagna. Et il fit mieux que moi. Il prit une de ses marmites, de quoi faire un feu et compléta ma liste d’ingrédients.

    Ce soir là nous nous installâmes en plein milieu de la petite place poussiéreuse du quartier rokugani et fîmes un immense ragoût. Mes compatriotes étaient très méfiants au début, mais me voyant les inviter dans leur propre langue à se restaurer ils baissèrent rapidement leur garde. C’était le début de ma quête personnelle. J’allais racheter les crimes d’Alextraza en rendant à ce peuple sa dignité. Ce soir là fut marqué aussi par la naissance d’une amitié.
    Un ami qui allait devoir beaucoup me pardonner.

    Les jours qui suivirent furent exaltants pour moi. Je venais de trouver un sens à mon existence. Les matins je partais patrouiller aux alentours de la ville bien décidée à connaître le moindre recoin des étendues sauvages et des bosquets de la région. A ma grande surprise Eiji se joignit à moi au bout de quelques jours. En silence, aussi gênées l’une que l’autre, on arpentait pendant quelques heures les environs de Milvarune. Tacitement on trouva bientôt une harmonie dans nos patrouilles. Le thème de notre passé commun d’esclave ne fut jamais abordé.

    Les après midis je passais mon temps avec les rokuganis. J’appris à les connaître, et m’efforçais à chaque visite de mieux comprendre leur situation et surtout d’imaginer des solutions pour les sortir de là. Les plus anciens avaient connue la gloire de leur Empire et pour beaucoup ils étaient des artisans accomplis. A la fin de cette semaine et avec ma première paye je leur offris à tous des outils. Gnarsh et Bulweiss m’accompagnèrent lors de la distribution, faut dire aussi que seule je n’aurais jamais pu déplacer la petite charrette dans laquelle j’avais entreposé les outils. Outils achetés à un prix défiant toute concurrence grâce à Ayame qui connaissait tous les commerçants de la ville. Elle semblait même être crainte par eux. Comme quoi ses échappées nocturnes avaient porté des fruits même si je n’étais pas vraiment certaine que c’étaient de bons fruits. Ce jour là, Bulweiss venait aussi recruter deux jeunes gens pour l’aider à tenir sa future taverne. Je l’avais supplié de donner leur opportunité aux rokuganis. Il fit beaucoup plus. Les jours à venir Bulweiss décida de retaper notre réfectoire pour le transformer en une taverne digne de ce nom et il ne fit appel qu’aux artisans de mon peuple. Certes ça n’allait pas nourrir tous ces enfants, ni rendre le malheur des parents plus supportable, mais c’était un début. Je comptais bien montrer aux Milvaruniens que les savoirs faire de mon peuple valaient de l’or. Et notre taverne serait le premier exemple de leur excellence.

    Cette semaine suivant la défaite du sphynx fut délicieuse. J’ignorais poliment les remarques de mes compagnons sur ma nature et supportait même qu’Ayame m’appelle son dragon de compagnie. Elle venait sans cesse me harceler pour que je lui promette un jour de lui montrer mon trésor. J’aime penser que c’était la une marque d’affection pour moi, qu’elle m’acceptait comme un membre à part entière de notre famille. Je m’efforçai d’oublier les méfaits d’Alextraza en me concentrant sur mes projets à venir pour le quartier Rokugani. Et l’excitation de la guilde était aussi contagieuse que la mienne. Avec le Trésor du sphinx il était question d’équiper la caravelle de Goween et de lui permettre de commencer un petit commerce. Il était aussi question pour les mages de commencer à étoffer leur bibliothèque ainsi que l’équipement commun. Des armes de bonne qualité et  avec des propriétés magiques vinrent remplacer les premières usées et émoussées. Et les nouvelles armures étaient d’une excellente manufacture. Le conseil décida d’investir aussi en multiples potions, antidotes et composants magiques. La sécurité des membres lors des missions était notre priorité. Finalement je m’en accommodais de ma situation. Nous étions en plein essor et ils m’avaient tous reconnus. Je sentais que j’avais une place parmi eux…même si c’était du fait du dragon et pas réellement du mien. Peut importait, je me sentais moins seule.

    Quant à cette saleté de dragon qui sommeillait en moi elle ne donna plus de signe de vie. Je pris une journée pour aller fouiller dans la bibliothèque de la ville bien décidée à savoir qui était cette Alextraza. Je ne trouvais rien en relation avec ce nom et les seules notes sur un dragon maléfique traitaient d’un dracosire rouge surnommée la Mort Ecarlate. Je mis cette information dans un coin de ma tête me promettant de demander des explications au barde Declan alias Phylauxerimos quand il passerait nous voir.

    Et comme je le disais cette semaine fut délicieuse et notamment sa fin. Le dernier jour de la semaine, celui dédié aux multiples dieux de Faerun, je revenais de ma patrouille avec Eiji qui s’était prolongée dans l’après midi, quand je le vis.

    Assis sur une des tables de notre réfectoire qui commencerait bientôt à prendre la forme d’une accueillante taverne, il sirotait une chope de bière. La salle était teintée par la lumière dorée du soleil de fin d’après midi. Grand, aux cheveux noirs de jais qui tombaient sur les épaules, son attitude et sa carrure étaient celle d’un fier guerrier. Un daisho était posé sur la table. Je n’en avais pas revu depuis 5 ans, depuis celui de Hokaku san. Le fourreau du katana et celui du wakisashi étaient richement ouvragés.
    Il était perdu dans ses pensées et fixait sa chope plus qu’il ne la portait à ses lèvres.

    Je ne parvenais pas à détacher mon regard de lui et je senti mon cœur battre plus vite. Eiji s’était déjà ruée au bar pour demander à Gnarsh un rafraîchissement. Moi je me pris les pieds dans une chaise qui était apparue comme par magie devant moi. Le bruit le tira de ses rêveries et alors que je me rattrapais en gardant mon équilibre, il me regarda. Le temps s’arrêta, du moins pour moi, et je me perdis dans ses yeux noirs. Une boule d’angoisse me noua l’estomac et je sentis même un frisson parcourir mon dos et ma nuque. Il n’y avait pas de doute. Je devais certainement rougir comme une tomate trop mure. Il sourit, un sourire malicieux et ses yeux brillèrent reflétant son air taquin. Il savait pertinemment qu’il me mettait mal à l’aise et continua à me fixer. Heureusement pour moi, Gnarsh l’avait aussi perçu.

    - Tenkei ? Je te sers quoi mon dragonnet ?

    Gnarsh savait toujours trouver les mots justes pour me ramener à la réalité. Je me retournai vivement en le remerciant intérieurement pour avoir coupé court à cet échange des plus gênants mais non sans oublier de le rappeler à l’ordre. Je détestais ce surnom stupide.

    - Bordel Gnarsh, ne m’appelle pas comme ça ! …je prends rien je suis fatiguée, je monte prendre un bain.

    Puis je parti en trombe vers les escaliers non sans avoir avant pris le verre d’Eiji. Ma gorge était sèche.

    Voilà ma première rencontre avec Samanosuke. J’en tremble en l’écrivant tant mes émotions restent fortes et ma décision difficile.

    Je me terrai le reste de la journée dans ma chambre en essayant d’analyser ce qui venait de se passer. Je n’avais pas réussi à retirer cet étranger de mes pensées. Je voulais me convaincre du ridicule de la situation. Comment pouvait-il me mettre dans un tel état ? Je me disais qu’il pouvait bien être un guerrier sanguinaire et psychopathe, peut être même un mercenaire travaillant pour des esclavagistes, un homme sans foi ni loi…Mais je revenais toujours à cette seule image gravée dans mon esprit. Lui assit à cette table. Je le voulais. Etais ce juste une attirance physique ? Ou mon instinct qui me soufflait de lui faire confiance. Même aujourd’hui je ne peux le dire avec exactitude. Je savais juste que je le voulais pour moi seule.

    Le soir je descendis pour le dîner, convaincue qu’il ne serait déjà plus là. Le repas se passa comme d’habitude, c'est-à-dire plutôt dans la bonne humeur avec quelques piques ici ou là.

    Même Lucius et Morrigane, des habitants des abysses avaient trouvé leur place parmi nous. Lucius était devenu très proche du nain et du gobelours, ou en tout cas assez proche pour aimer partager des dizaines de chopes de bières avec eux. A la fin du repas Humbert se leva et nous pria de garder le silence. Il nous annonçait que nos premières recrues s’étaient manifestées.

    - Mes amis, ce jour deux personnes voulant intégrer nos rangs sont venues à nous. Le premier certains d’entre vous on pu l’apercevoir ici cette après midi. Je vous prie d’accueillir Samanosuke Akeshi.

    Il rentra alors dans le réfectoire, son armure en cuir sombre impeccable, son daisho sur le côté et un sac de voyageur à l’épaule. Il se défit du sac puis le mit posément sur une chaise avant de se redresser et de se tenir droit.

    - Bonsoir membres de la guilde du Bouclier de Cuivre. Je m’appelle Samanosuke et comme vous l’avez pu deviner je ne suis pas de la région. Mon destin m’a amené il y a quelques années sur ces terres. Aujourd’hui je cherche à prendre un nouveau départ et je souhaite mettre mes talents à votre disposition.

    Un silence vint accueillir sa présentation. Moi je n’en avais pas perdu une miette.

    - Pourquoi venir à nous ? demanda alors Nethentyr.

    - Votre guilde vient de s’installer en ville et les rumeurs vont bon train quant à vos principes. Je n’irais pas jusqu'à dire que j’ai les mêmes mais on en a quelques un en commun. Vous souhaitez apporter un certain équilibre  dans la région et - il marqua une pause pour regarder Morrigane et le gobelours- votre ouverture d’esprit me plait.

    - Vous priez quel dieu ? Enchaîna Midnight

    - Chez moi on l’appelait Furasukojin, ici ce serait Heaum qui partage les mêmes attributions que la fortune de mon pays.


    - Je vous propose de l’accueillir un temps dans notre guilde ajouta Humbert. Passer du temps avec vous sera le meilleur moyen de vous connaître et peut être que vous pourriez accompagner nos membres dans leur prochaine mission. De plus vous avez accepté de répondre à nos questions en vous soumettant à la zone de vérité que Midnight a lancée plutôt dans la salle.

    Samanosuke acquiesça, pris son sac et vint s’asseoir parmi nous. Il ne me jeta pas le moindre regard et moi je n’osais pas chercher le sien.

    La deuxième personne se présentât alors. Et le silence emplie la salle. C’était un elfe noir, sous sa cape sombre on pouvait deviner un harnois argenté et il portait une grande épée à deux mains au dos. Et à la réaction d’Humbert je compris qu’ils n’avaient pas été accueillis par le paladin de Heaum quand il passa plutôt dans la journée. Humbert se leva avec violence.

    - COMMENT OSEZ-VOUS VOUS PRESENTER A NOUS PALADIN NOIR !

    - Bonjour membres de la guilde répondit l’elfe en se fondant d’une courbette et ignorant le paladin de Heaum. Je me présente à vous car il parait que vos rangs sont ouverts à tous, toute races confondues, Arkhan pour vous servir termina t’il en soutenant le regard  coléreux d’Humbert.

    - On accepte tous ceux qui adhèrent à nos principes quelque soient leurs origines mais vous…vous empestez le mal à plein nez ! Quel dieu impie servez vous elfe ?!

    - Je suis un champion de Vaherun, dieu drow et patron des mâles de notre race.

    - Vous pouvez faire demi-tour, jamais un paladin noir ne rentrera dans ma guilde !

    - Humbert, calmez vous mon ami intercéda Nethentyr. Laissons-le au moins nous dire ce qui le pousse à venir se présenter ici. Continuez Arkhan nous écouterons votre requête jusqu’au bout.

    -Merci Mage. Je viens vers vous car vous semblez être une guilde très prometteuse et organisée. Je cherche à m’enrichir pour des raisons que je tairais. Je vous demande juste de m’accepter dans vos rangs le temps que je puisse  recueillir 100 000  pièces d’or. Pendant ce laps de temps je m’engage à suivre à la lettre vos principes.

    Ce soir là Samanosuke fut logé et nourri. Arkhan fut remercié de sa présentation et prié de ne pas revenir tant que le conseil n’aurait pas statué sur son cas. .Moi je restai éveillée en me demandant comment me comporter avec Samanosuke. Au moins je connaissais son nom.

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